Federer résiste au langage religieux


Roger Federer, vainqueur du tournoi de Melbourne. On pouvait craindre le pire. Le pire ne s’est pas produit. Les titres des journaux romands ont été triomphants par la dimension de leurs caractères. Ils sont restés sobres par leurs contenus. Notées au vol, deux exceptions. Affichées curieusement par des quotidiens peu suspects de frivolité. L’un parle en titre de première page de «résurrection». L’autre proclame, en surcharge d’une photo du champion procédant à l’élévation de son trophée, «La canonisation attendra». C’est certain, Federer n’est pas encore sportivement mort.
Si prisé par la presse, le vocabulaire religieux cède ici clairement le pas au lexique de la chanson de geste. Il est question d’exploit, de légende, de héros, de «combat épique». «Il n’y a qu’un seul dieu dans le ciel du tennis», laisse néanmoins filer une plume de la presse régionale lémanique. Cette confession d’un monothéisme de la petite balle jaune coiffe «dieu» d’une minuscule, histoire de le désacraliser un brin.
Les narrations sportives ne sont pas avares de miracles et de souffrances christiques. Tel coureur cycliste vit un «calvaire» dans l’ascension du Mont Ventoux. Tel gardien de football se voit «crucifié» par une reprise de volée à dix mètres de la ligne de but. La «résurrection» de Federer s’inscrit dans cette nouvelle mouture du récit néotestamentaire.
Les appareils théologique et ecclésial sont aussi convoqués. Sur les pavés, les coureurs cyclistes retrouvent chaque printemps «l’enfer du Nord». On salue l’arrivée d’un Messie lorsqu’un presque homonyme, diablotin des pelouses, permet au «Barça» d’emporter la victoire dans les arrêts de jeu. L’évocation de la «canonisation» d’un virtuose de la raquette, elle, est moins banale. Le sport ne manque pourtant ni de saints ni de martyrs. Sur les stades, où s’exprime la « ferveur» du public, s’abat parfois un «silence de cathédrale».
Ce temps des églises désertes laisse de curieux vestiges. Le religieux survit dans les arènes sportives. Aujourd’hui épuisé, un livre paru au début des années 1990 s’intitule Dieu dans le stade.
Son auteur, le journaliste Paul Bonnetain, s’étonne alors que les journalistes sportifs soient eux-mêmes si peu conscients de leur fréquent usage du langage religieux. Il note que les références à la religion s’imposent par leurs aspects pratiques et les images qu’elles véhiculent – observation que la désaffection envers la religion rend douteuse un quart de siècle plus tard. Il admet qu’elles portent à l’excès. Il discerne aussi une cohérence entre le comportement du public dans le stade et le vocabulaire des commentateurs.
Juste retour des choses? Dans ses épîtres, l’apôtre Paul ne reculait pas devant la métaphore sportive. Ainsi sa première lettre aux Corinthiens: «Ne savez-vous pas que dans les courses du stade, tous courent, mais un seul remporte le prix? Courez donc de manière à le remporter.»

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