Ces divulgations d’identité qui font mal


L’une des pratiques journalistiques les plus discutées tient à la divulgation publique du nom de personnes associées à l’actualité, sans que la mention ne s’en impose. Une vingtaine d’années de médiation de presse le montre, la jurisprudence du Conseil suisse de la presse le confirme. La protection de l’identité compte parmi les aspects sensibles du métier, avec la question centrale de la recherche de la vérité et le devoir d’entendre avant publication quiconque fait l’objet de reproches graves.

La déontologie journalistique s’est tôt préoccupée du respect de la vie privée. La Déclaration des devoirs et des droits des journalistes, élaborée en 1971 par les fédérations et syndicats professionnels des six pays de la Communauté économique européenne de l’époque, inscrit ce respect au chapitre des devoirs.

Le texte européen sert de matrice à des chartes ou codes ultérieurs, dont la Déclaration adoptée dans notre pays l’année suivante. La formulation suisse introduit une nuance: «Respecter la vie privée des personnes, pour autant que l’intérêt public n’exige pas le contraire

La question de l’identification n’a pas manqué de s’inscrire parmi les aspects divers de la protection de la personne. Elle a fait l’objet d’une disposition particulière lorsque le Conseil suisse de la presse a décidé en 2000 d’ajouter à la Déclaration des Directives largement inspirées par l’état de sa propre jurisprudence et complétées par des codes développés ailleurs, en Allemagne et en Grande-Bretagne notamment.

Cette disposition a elle-même évolué avec le temps. Lors de son introduction, elle concernait l’identité de personnes mêlées de près ou de loin à des affaires judiciaires. Dans ce registre, les dommages sont évidents, capables de porter atteinte à la présomption d’innocence et de blesser des proches. L’expérience a incité le Conseil de la presse à étendre à chacun, en toute occurrence, la protection de sa vie privée.

Des exceptions sont certes admises. Par exemple, lorsque la personne exerce un mandat politique ou une fonction dirigeante étatique ou sociale, ou encore qu’elle jouit d’une grande notoriété. Condition à une divulgation de l’identité, un lien doit cependant exister entre l’information d’actualité et la fonction de la personne ou les causes de sa notoriété. L’identification peut aussi se justifier par un intérêt public prépondérant.

Le cœur de la directive est clair: «Dans les cas où l’intérêt de protéger la vie privée l’emporte sur l’intérêt public à une identification, les journalistes ne publient ni le nom, ni d’autres indications qui permettent l’identification d’une personne par des tiers n’appartenant pas à l’entourage familial, social ou professionnel, et qui donc sont informés exclusivement par les médias.»

Son application n’est pas exempte de questionnements et d’incertitudes. La décision de divulguer une identité fait souvent débat dans les rédactions. Entre les médias, ce n’est pas forcément l’unanimité. Les pays latins limitrophes sont notoirement moins restrictifs, ce qui crée des interférences dans les régions frontalières. Les moteurs de recherche numériques sont de plus en plus performants dès lors qu’il s’agit d’identifier quelqu’un à partir d’indices apparemment peu bavards.

La retenue des médias ne suffit pas à décourager ici ou là une curiosité malsaine, pas plus qu’elle n’empêche la malveillance couvant dans une partie de l’entourage de la personne.

Les médias assument une responsabilité sociale indéniable. Il est tentant de leur faire porter le chapeau à tout propos.

Ecrire au médiateur

Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

Ecrire au médiateur


Ecrire un commentaire

Dites-nous ce que vous pensez de ce billet. Ecrivez un commentaire!

Vos commentaires

Soyez le premier à écrire un commentaire!