La parole des autres:
quelle place dans les médias?


Dès le milieu de la première décennie du XXIème siècle, la communication s’est profondément transformée. Les réseaux sociaux ont drainé des flux importants d’opinions et d’informations. Le public a pris la parole. Les anciens médias ont dû s’adapter. En premier lieu les journaux imprimés.

Dans la presse traditionnelle, la parole des autres s’exprimait et s’exprime encore sur trois registres: l’interview, la tribune libre, la lettre de lecteur.

Ces registres d’expression ont en commun l’identité authentifiée des personnes, autrement dit la proscription des pseudonymes. Des exceptions ne sont admises que pour des motifs dûment justifiés.

Ils partagent aussi le fait que, dans tous les cas, la rédaction prend connaissance des textes avant publication. Le contrôle est important dans la mesure où un média peut être tenu pour responsable de tout ce qu’il publie.

La rédaction décide en somme qui est interviewé, qui est sollicité ou reçu comme auteur d’une tribune libre, quelles lettres sont retenues pour publication. Malgré les précautions prises, elle n’est pas à l’abri de tout accident: fausse identité ou, pire, usurpation d’identité. Mésaventure heureusement rarissime.

Les membres de la rédaction en charge du courrier appliquent les normes déontologiques du métier, tout en accordant aux lecteurs la plus large liberté d’expression. Ils sont tenus d’intervenir lorsque les lettres contiennent «des violations manifestes» de la Déclaration des devoirs et des droits des journalistes.

L’évolution de l’Internet et le développement des réseaux sociaux intensifient désormais la circulation de la communication, accélèrent le rythme de diffusion de ses contenus. N’importe qui peut devenir un média à lui tout seul en ouvrant son propre site, répandre les messages qui lui chantent, sans le moindre contrôle préalable.

Deux nouveaux registres d’expression du public sont apparus.

Le premier est l’ouverture aux lecteurs de commentaires en ligne, en réaction aux productions rédactionnelles proposées sur les sites mêmes des médias. Selon le Conseil suisse de la presse, le traitement en est assimilable à la gestion des lettres de lecteurs.

A une différence près, qui est majeure: le pseudonyme y est admis, pour autant que l’auteur du commentaire se soit préalablement inscrit en fournissant une adresse numérique, donc un numéro d’identification IP. Cette tolérance répond à une raison pratique. La spontanéité, l’immédiateté et la continuité des commentaires font obstacle à une vérification a priori des identités.

Dans les titres romands de Tamedia (24 Heures, Tribune de Genève, lematin.ch) la modération des contenus est confiée à une société spécialisée, Netino, en liaison avec les rédactions numériques concernées. L’objectif principal est d’écarter les commentaires diffamatoires et discriminatoires. Pour leur part, les rédactions elles-mêmes s’abstiennent d’ouvrir aux commentaires certains sujets sensibles trop exposés à des débordements.

Le second registre d’expression du public ne concerne que les médias hébergeant sur leur site une plate-forme de blogs. C’est le cas de deux des titres précités. Il est plus problématique. Non tant par les billets des blogueurs eux-mêmes que par les commentaires apportés par d’autres internautes.

Les forums sont idéalement dédiés au débat. Livrés à des disputes et des chicanes, certains d’entre eux tendent à se transformer en arènes. Ils feront l’objet d’une prochaine chronique.

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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