Les limites et les embarras du médiateur


Le médiateur de Tamedia n’est pas l’interlocuteur des lecteurs de l’ensemble des médias de la Suisse romande. Il ne s’occupe que du traitement journalistique de l’actualité par les rédactions francophones des journaux, magazines ou sites numériques appartenant à ce groupe. Il n’intervient qu’après publication d’un article et ne se mêle pas de la production des journaux. Il est ouvert à tout lecteur, mais il se retire du jeu aussitôt qu’une procédure judiciaire est ouverte ou imminente.

Ces quatre balises délimitent son territoire. Elles laissent subsister des zones grises.

Le médiateur a pour principale référence la Déclaration des devoirs et des droits des journalistes; il s’appuie en outre sur un Manuel de qualité propre au groupe Tamedia. Or, la déontologie journalistique recommande de ne pas user de méthodes déloyales pour obtenir des informations. Il arrive néanmoins que le médiateur soit saisi à ce sujet en amont de toute publication.

De la même manière, par respect de la vie privée, le harcèlement est proscrit. Il prend la forme d’une intrusion dans un domicile, d’une filature, d’appels téléphoniques incessants, par exemple. Une enquête menée auprès de proches, de voisins, de clients ou d’employeurs peut causer du tort à quelqu’un, avant même que la moindre ligne ne soit publiée, et même sans qu’elle le soit jamais.

On observe aussi qu’une enquête journalistique sur une personne morale ou civile développe parfois des ramifications touchant des tiers. La mise au jour de détails à leur sujet et leur recherche même risquent d’exposer sans nécessité ces personnes à des dommages sensibles.

De tels désagréments sont de nature à inciter celui qui les subit à requérir l’ouverture d’une procédure judiciaire civile, lorsqu’il est en mesure de rendre vraisemblable une atteinte illicite imminente et que cette atteinte pourrait lui causer un préjudice difficilement réparable.

Mais une procédure judiciaire est toujours perçue comme lourde et compliquée. De plus, elle passe souvent pour une tentative d’atteinte à la liberté de la presse, que des voix du journalisme et des médias s’empressent de dénoncer.

Alors, s’adresser au médiateur? Quelques-uns y songent. Mais voilà! Le médiateur est l’interlocuteur privilégié des lecteurs. Il ne l’est pas des acteurs, qu’ils soient de premier ou de second rôle. Il n’est pas censé non plus se manifester avant la publication d’un article. Ni super-rédacteur en chef, ni censeur, il ne dispose que d’un champ d’action très limité. Tout au plus lui appartient-il d’alerter la rédaction en chef du journal, de partager ses doutes éventuels sur la justification et l’opportunité des méthodes employées. Et de poser surtout la question de l’intérêt public de l’enquête en cause.

Ce n’est pas toujours évident. La notion d’intérêt public, justification ultime de tout acte journalistique, ne s’impose pas à tous et dans toutes les situations avec l’évidence d’une vérité irréfragable. Il lui arrive aussi de servir d’instrument à des motivations assez distantes du droit de savoir légitime du citoyen.

Le médiateur ne peut que s’accrocher à son étoile: espérer que ses alertes auront au moins l’effet de provoquer une discussion au sein du journal.

 

 

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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Vos commentaires

Je m’interroge sur la capacité d’un médiateur dans un tel contexte. La disruption numérique initiée par Uber nous a fait la démonstration du caractère obsolète des lois concernant la protection privée.
Et puis, tout le monde semble s’en foutre puisque nombreux sont ceux qui racontent leur vie à longueur de journée sur les réseaux sociaux.
Mais il y a pire. Comme je le dénonce dans mon dernier billet lorsque les organes officiels font justement le contraire de ce qu’ils prônent.