L’affaire Maudet: paroles de lecteurs


Le voyage du conseiller d’État Pierre Maudet à Abu Dhabi et ses suites ont occupé une place considérable dans la chronique genevoise des sept derniers mois.  Sur ce dossier, la Tribune de Genève, n’a pas quitté la tête du peloton médiatique. Elle a publié plusieurs enquêtes ou informations en primeur. Elle a porté une vingtaine de fois le sujet en manchette (le grand titre de première page, directement sous le bandeau affichant le nom du journal).

Elle a suivi les étapes du dossier: des interrogations initiales sur le financement du voyage – accompagnées de doutes sur un traitement privilégié en faveur d’une entreprise abudhabienne à l’Aéroport de Genève, à ce jour non démontré –, aux divers soutiens financiers à l’homme politique et à leur effets fiscaux. Elle a posé des questions, relayé des accusations issues du milieu politique, recueilli les explications de M. Maudet, restitué les positions des partis, en particulier du sien, le Parti libéral-radical (PLR).

Quelles ont été les réactions des lecteurs? La Tribune de Genève a largement ouvert sa rubrique Courrier quotidienne. Seules quelques très rares lettres ont été écartées en raison de leur caractère ouvertement injurieux ou diffamatoire, selon l’usage courant.

Une alternance de bruit et de silence

Au total, 61 lettres ont été publiées du 23 mai au 15 décembre. Elles ne l’ont pas été à un rythme régulier, mais selon les fluctuations de l’actualité. Les premières divulgations ont provoqué une rapide poussée de fièvre en mai: quinze lettres en une petite dizaine de jours.

Le mois suivant, il n’est plus question de «l’affaire Maudet» dans la rubrique Courrier. Alors même que le conseiller d’État perd son bras droit Patrick Baud-Lavigne et que les députés du Grand Conseil entreprennent à s’y intéresser de près. Les intérêts des lecteurs se portent sur l’aménagement du PAV (Praille, Acacias, Vernets), sur la visite du pape François à Genève.

Le silence se poursuit en juillet, quand les esprits s’occupent davantage de football, d’antispécisme et de baignade dans le Rhône. Aucune lettre non plus en août, malgré un frémissement de l’actualité en fin de mois, quand on fait état de courriels effacés et de saisie de la Cour des comptes. Les lecteurs ont assez de grain à moudre avec le tabassage nocturne de femmes en Vieille-Ville et l’effondrement du pont Morandi à Gênes.

Le 31 août: coup de tonnerre. Le président du Conseiller d’État reconnaît dans l’édition du jour avoir menti sur les conditions de son voyage à Abu Dhabi. Le Ministère public demande la levée de son immunité. L’effet se fait aussitôt sentir: 23 lettres sont publiées dans la rubrique Courrier au cours du mois de septembre. Le flux est alimenté par l’apport de faits nouveaux et par le mécanisme même des institutions. M. Maudet doit abandonner la présidence du gouvernement à son vice-président Antonio Hodgers. Il lâche aussi la police de l’Aéroport. Les députés votent la levée de son immunité.

Ensuite, nouvelle accalmie: une seule lettre, défavorable à l’homme d’Etat, est publiée en octobre. Tout repart dès la seconde quinzaine de novembre, alors que l’attention s’est détournée pendant plusieurs jours sur une autre affaire: celle des notes de frais des conseillers administratifs de la Ville de Genève. La rubrique Courrier accueille 8 lettres ce mois-là. Elle en publiera encore 13 pendant les deux premières semaines de décembre. Voilà pour le nombre et les fréquences.

Les soutiens l’emportent

Et le contenu? Des lettres publiées, onze s’illustrent par des propos neutres ou généraux, des positions à distance ou en surplomb, et même quelques saillies humoristiques ou satiriques. Trois familiers du Courrier ont envoyé deux lettres chacun au cours de la période. Enfin, certaines correspondances présentent entre elles des analogies quant à l’exposé des arguments, qui peuvent laisser supposer des envois concertés.

Le résultat de cette recension n’est est pas moins intéressant. En sept mois, 36 avis expriment un soutien au conseiller d’Etat Maudet, dont 8 contiennent des remarques critiques au sujet de l’action des médias – formulées en majorité (5) au tout début de l’affaire. On y dénonce alors le mode “feuilleton” des médias,  la “fièvre purificatrice” qui s’est emparée d’eux, un “acharnement disproportionné”, un “lynchage”.

Dans l’autre camp, on compte au total 14 avis défavorables à M. Maudet, dont deux félicitent les médias pour leur ténacité et leur recherche de transparence, l’un et l’autre récents. On y parle de “grand professionnalisme”, de résistance aux “pressions”.

Si l’on retient trois moments forts de l’affaire, la répartition des opinions paraît assez stable, sensiblement favorable au conseiller d’État: 10 soutiens contre 4 désapprobations en mai (divulgation du voyage), 14 contre 4 en septembre (reconnaissance d’un mensonge sur le financement) et encore 12 contre 5 en novembre-décembre (remous au PLR et aspects fiscaux).

Contre-épreuve par les commentaires déposés sur le site web de la Tribune de Genève: ils sont nombreux et dans l’ensemble assez largement défavorables à M. Maudet une fois les conditions du voyage élucidées. Les plus virulents tendent même à recueillir une approbation massive de la part des autres internautes.

Tout cela ne constitue que des indications. Un corpus d’une cinquantaine de lettres reste un univers restreint. Sans parler du flux tumultueux des conversations en ligne, dont l’analyse n’est guère aisée et la fiabilité incertaine.

Un seul constat sûr à ce jour: les lecteurs de la Tribune de Genève ont eu la parole.

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