Histoire d’une « fake pub »
devenue une fake news


Ah ! la vilaine fake news ! Il y a quelques semaines, un courriel arrive sur la messagerie du médiateur. Sujet : « Article sur inégalité salariale ». D’actualité, puisque la révision de la loi fédérale sur l’égalité entre femmes et hommes est alors inscrite à l’ordre du jour du Conseil national.

« Bonjour. J’ai été consterné de voir que vous avez diffusé une fake news, qui est une sombre manipulation de l’information, issue des rangs de la gauche pour servir un agenda politique au moment d’une discussion de loi sur l’égalité salariale à Berne.

Êtes-vous victime de cette manipulation et allez accorder une couverture équivalente au démenti, ou êtes-vous complice, et allez-vous passer cela sous silence, après avoir induit en erreur et manipulé vos lecteurs ? L’entreprise mentionnée n’existant pas au registre du commerce – vérification qu’il vous aurait pris cinq minutes à faire. Avez-vous commis une faute dans l’absence de rigueur de votre travail journalistique, ou n’avez-vous volontairement pas cherché ?

J’attends votre réponse avec intérêt. »

Le message manque d’un minimum de précisions. Où trouver l’article litigieux ? Dans quel journal ou sur quel site numérique ? Quel est le jour de diffusion ? Sur quoi porte-t-il exactement et sous quel titre est-il paru ? De quelle entreprise s’agit-il ? Ces questions sont retournées au correspondant.

Premières lignes de la réponse :

« Monsieur. Allons donc… Combien d’articles sont parus récemment au sujet de prétendues annonces d’emplois identiques ayant pour seules différences le salaire proposé suivant le sexe de la personne recherchée ?

Soit au mieux vous n’êtes tout simplement pas à jour concernant les publications dans vos médias, soit au pire vous jouez là d’une grossière mauvaise foi ».

Ce second message évoque de « prétendues annonces d’emplois », indication d’emblée utile dont il n’était pas question dans le premier. Passé son accès d’humeur, le lecteur mécontent consent à indiquer ensuite deux pistes, de la même manière que les animateurs de certains jeux télévisés donnent des indices : il est question du « matin d’hier » et de propos de « madame Rebecca Ruiz ».

Enfin nanti d’un minimum d’information, le médiateur trouve la trace de l’article litigieux sur le site du Matin, effectivement mis en ligne la veille. Au vrai, le libellé de son titre seulement, accompagné de la mention « Cet article n’est plus disponible ».

Et pour cause. Alertée par d’autres voies, la rédaction du site lematin.ch l’a retiré le jour-même de sa parution. Elle publiera un démenti dûment étayé en tête de page d’accueil le surlendemain.

Oui, des annonces affichant, pour des postes identiques, une forte différence salariale entre un homme et une femme ont été publiées sur le site petitesannonces.ch. Oui, ces offres d’emploi sont fictives. Oui, la société qui les aurait conçues est inconnue au registre du commerce. Oui, elles ont été concoctées en fait par une officine syndicale, à titre de propagande. Oui, enfin, lematin.ch, en relayant une « fake pub » sans soupçonner  la manipulation, a diffusé une fake news.

Mais non, rien qui ressemblerait de sa part, de près ou de loin, à de la complicité ou à un tripotage délibéré. La rédaction a retiré la fausse nouvelle aussitôt dénoncée et s’est empressée de publier une rectification.

Il est vrai que les théories du complot sont toujours beaucoup plus séduisantes.

 

 

 

 

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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