Sur le Web, le déclin du clic


Dans les tout premiers temps de l’extension des médias traditionnels sur le Web, l’objectif absolu était de générer des clics. Combien pour telle information, pour telle image, pour telle vidéo de plus en plus  ? Les plates-formes médiatiques comptaient leurs clics comme les gamins d’autrefois comptaient leurs billes à la fin de la récréation.

Des outils plus sophistiqués se sont bientôt mis en place, permettant de suivre sur écran, minute par minute, la fréquentation des contenus d’actualité affichés sur les sites. Le procédé avait pour effets d’identifier les sujets les plus attractifs et d’inciter les rédactions en ligne à prêter une attention suivie aux thèmes de prédilection des internautes. Cette audimétrie permanente impliquait une tendance à l’uniformisation et amorçait une inversion progressive du rapport de force entre les rédactions et les internautes. Elle a donné naissance à une culture du clic.

Les « sismographes » du Web présentaient deux défauts originels. Le premier tenait à l’enregistrement d’une perception immédiate, sans rendre compte de l’intérêt pour un contenu dans la durée. Le second à l’ignorance de l’intensité de cet intérêt (simple coup d’œil, lecture partielle, lecture complète) et de son potentiel d’incitation à découvrir d’autres contenus sur le même site.

Des correctifs sont désormais apportés. Des indications plus précises permettent d’orienter l’offre de contenus, tout en répondant aux attentes des annonceurs, davantage intéressés par la qualité de la lecture sur écran que pas le nombre de pages tournées.

Renouer avec le public

Cette évolution est construite sur un rapport direct entre une plate-forme médiatique et son public. La réalité est plus complexe. L’entrée en jeu des réseaux sociaux entraîne une nouvelle donne. Comme source secondaire, le média a tendance à s’effacer. « Je l’ai vu sur Facebook », déclarent les familiers du réseau. Le média porteur de l’information reste souvent non identifié. Les utilisateurs de Facebook sont prêts à faire davantage confiance à l’un de leurs « amis » qu’à une source médiatique.

L’usage de plus en plus massif des réseaux sociaux pour s’informer est ainsi doublé de la difficulté croissante à identifier l’activité des médias eux-mêmes. Selon Nathalie Pignard-Cheynel, il constitue l’une des trois prises de conscience majeures du moment. Cette enseignante à l’Académie du journalisme et des médias de l’Université de Neuchâtel s’est exprimée en mai dernier lors d’une journée d’étude au siège de Tamedia, à Zurich.

Facebook a décidé début janvier de réduire ses reprises de matériaux médiatiques pour privilégier, dans les fils d’information de ses membres,  les contenus qu’ils partagent entre amis et en famille, au détriment de ceux qu’envoient les marques et les éditeurs. Le réseau se concentre ainsi sur des sources proches des utilisateurs et de leur cercle social, parmi lesquelles les médias de proximité peuvent trouver leur place.

Cette nouvelle orientation a eu pour effet immédiat de faire chuter partout le nombre de clics sur les plates-formes médiatiques. C’est la deuxième prise de conscience : les médias fragilisent leur position par une politique du clic qui les rend dépendants des réseaux sociaux. Ils sont donc invités à explorer d’autres possibilités de cette pratique qu’un seul usage comptable et analytique.

Une troisième prise de conscience en découle, selon Nathalie Pignard-Cheynel : la nécessité pour les médias de renouer avec leur public, alors qu’ils sont affectés par une crise de confiance, certes pas nouvelle, mais aiguisée par la vogue des fake news. L’interactivité peut prendre diverses formes : appeler le public à réagir au choix d’une thématique, à suggérer des champs de recherche d’information, à se prononcer sur les étapes d’une enquête… Bref, à ouvrir la « boîte noire » des pratiques rédactionnelles pour associer le public autrement que par le simple enregistrement de ses comportements de consommateur.

Ecrire au médiateur

Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

Ecrire au médiateur


Ecrire un commentaire

Dites-nous ce que vous pensez de ce billet. Ecrivez un commentaire!

Vos commentaires

Soyez le premier à écrire un commentaire!