Confiance dans les médias: un notable rebond


La Suisse n’est pas la France. Les médias suisses, même en Suisse romande, ne sont pas les médias français. Sinon on vous l’aurait dit.

Un sondage n’établit pas des faits, mais reflète l’état d’une opinion, à un moment donné. Il est tributaire de plusieurs facteurs, à commencer par la sincérité des réponses.

Il reste que l’enquête annuelle menée par l’institut Kantar Public (anciennement Sofres) depuis trente ans reste un bon indicateur de la confiance accordée par le public français à ses médias. Le baromètre est établi pour le quotidien La Croix et peut être consulté comme une indication de tendance intéressante dans nos contrées. Il a été réalisé en janvier.

 

L’intérêt pour les nouvelles à son niveau le plus bas…

L’an dernier, sur cette même Page du médiateur, il fut assez largement question des difficultés des  journaux. Une confiance en baisse, des lecteurs en fuite.

La seconde affirmation ne se dément pas. En France, les titres de presse écrite enregistrent globalement une nouvelle baisse de leur lectorat. La question posée était: «Vous arrive-t-il de lire un quotidien national ou régional, ou un magazine d’information générale, qu’il s’agisse de la version papier ou du site internet du journal?». La réponse qui vient en tête paraît relativement rassurante. Une lecture régulière est reconnue par plus du tiers (36%) des personnes interrogées, proportion identique à celle de l’année précédente.

Les affaires se gâtent par la suite. Ne lisent plus que de temps à autre 27% ou rarement 15%. Plus inquiétant, un cinquième des sondés (21%, en hausse de quatre points) répond «jamais».

Le déclin de l’intérêt du public pour l’actualité est général , commun en France à tous les médias (presse, radio, télévision, internet).  L’institut de sondage enregistre un intérêt assez grand ou très grand auprès de moins des deux tiers du public (62%). Une partie importante (38%) ne porte aux nouvelles qu’une attention assez faible ou très faible.

Cette baisse est observée principalement dans la tranche d’âge des 18-24 ans, dont la moitié seulement (49%) dit suivre les nouvelles publiées dans les médias. Au total, l’intérêt pour l’actualité tombe à son niveau le plus bas, atteint en 1987, l’année de la création du baromètre.

Jointe à la désertion de la publicité, naguère source importante de revenus, l’érosion du lectorat et de la diffusion traduit les difficultés des journaux payants, publiés sur papier. Serait-elle le signal irréfutable d’une perte de crédibilité?

Ce serait oublier que l’indice de confiance dans les médias peut fluctuer dans le temps, principalement en fonction des événements. Depuis l’introduction du baromètre de La Croix, il présente un profil en dent de scie. Ce serait ignorer aussi qu’il varie selon les pays, les médias du nord de l’Europe étant tenus pour les plus crédibles.

 

… mais une crédibilité des médias en hausse

Le rappel s’imposait l’an dernier, alors que les chiffres lisibles sur le baromètre étaient maussades. Le sondage 2018 les corrige : il existe en France un notable regain de confiance dans les médias traditionnels.

La question posée est ici: «En général, à propos des nouvelles que diffusent les médias, vous vous dites que les choses se sont passées comme ils le racontent?» Le média le mieux noté reste la radio (56%, en hausse de quatre points), suivie par le journal (52%, un progrès de huit points) et la télévision (48%, avec sept points de mieux). Il n’y a certes pas de quoi pavoiser. Le verre est à peine plus qu’à moitié plein. Mais les médias ne se sont jamais illustrés non plus par des performances olympiques.

Quant à l’internet, les chiffres indiquent une certaine stabilité, sans infirmer une tendance à la baisse déjà observée (25% contre 26% en 2017). Sur le réseau, les sites et applications de la presse écrite sont toujours préférés comme source d’information par les utilisateurs occasionnels et réguliers.

Ce n’est qu’un sondage. Il est réalisé en France, à propos des médias français. Il reste en soi assez éloquent pour casser un prétendu lien de cause à effet, si souvent évoqué, entre le niveau de crédibilité des journaux, l’érosion de leur lectorat et leurs difficultés économiques. Le lectorat peut diminuer, l’intérêt pour les nouvelles d’actualité fléchir, les ressources publicitaires s’effondrer, sans que ces évolutions aient pour seul facteur déterminant une perte de confiance. N’en déplaise aux contempteurs patentés de la presse traditionnelle.

 

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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