Des limites à l’emprise des géants du Net


L’inventaire des effets produits sur la communication par l’entrée en jeu des géants de l’Internet est loin d’être clos. On réunit ces mastodontes sous un acronyme, le GAFA, qui renvoie aux principales puissances de l’univers numérique: Google, Apple, Facebook et Amazon. Ou GAFAM si l’on ajoute Microsoft.

Deux de ces puissances concernent plus directement le journalisme: Google et Facebook. La première peut être considérée comme le leader incontesté à ce jour des moteurs de recherche, la seconde comme le porte-drapeau des réseaux sociaux. L’une et l’autre sont passées au statut de diffuseurs et adaptateurs de contenus. Elles entrent en concurrence directe avec les médias. Elles pèsent sur le débat public. Leur participation à la circulation des informations et des opinions en accroît le débit jusqu’à la submersion et en oriente le cours jusqu’à la perversion.

L’informatique a fait évoluer la production et la diffusion des médias traditionnels. Il serait absurde de nier l’apport des grandes entreprises du Net au partage de la connaissance, à l’organisation et à la communication au sein de nos sociétés. «Nous cherchons déjà à respirer par les bronches de Google», lançait il y a quelques années l’essayiste italien Alessandro Baricco.

En termes de liberté et de débat public, il s’impose néanmoins de rester vigilant. Le codage numérique des données de toute nature et le traitement par des algorithmes bouleversent l’offre et l’usage des informations. Non seulement les nouveaux médias interactifs livrent des informations ou autres contenus à la demande, mais ils les calculent instantanément sur mesure, selon le profil de l’utilisateur et les traces laissées par son activité numérique.

Les gouvernements nationaux et les supranationaux s’émeuvent du poids de ces «seigneurs de l’Internet féodal», selon le mot de Sébastien Soriano, président de l’Autorité française de régulation. Il est difficile de ne pas se tourner vers eux.

Le 27 juin 2017, la Commission européenne a condamné Google pour abus de position dominante. Elle a considéré que les innovateurs d’hier ne devraient pas profiter de leur succès pour étouffer les innovateurs de demain. Peut-être sera-t-il possible un jour, en effet, de respirer autrement sur l’Internet que par les bronches de Google.

La démarche est significative. Elle ne passe pas par une innovation légale ou une jurisprudence révolutionnaire. Elle se fonde pour l’essentiel sur le droit existant, qui garantit la liberté d’entreprendre et d’innover. Elle donne pourtant un signal fort: la mise en œuvre d’une volonté de régulation du monde numérique.

Laissés à eux-mêmes, les géants mondialisés du Net auraient tendance à se considérer au-dessus des lois, de la même manière qu’ils cherchent à échapper au fisc dans les pays où ils enregistrent pourtant des profits colossaux.

L’autorégulation apparaît comme nécessaire – et les géants du Net s’en préoccupent. Mais selon Lawrence Lessig, juriste éminent, professeur de droit à Harvard, elle ne serait pas suffisante. Aux Etats-Unis, si rétifs pourtant à légiférer en matière de communication, il devient nécessaire selon lui de fixer des règles de loi pour réguler l’Internet, sous peine de voir les opérateurs privés les concevoir eux-mêmes.

La Commission européenne, pour sa part, leur rappelle que la loi est aussi faite pour eux, tout puissants qu’ils sont. On peut s’interroger malgré tout sur l’hypothèse que les appareils judiciaires existants ne soient un jour simplement plus assez efficaces pour l’appliquer.

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Billet très révélateur d’un mal aussi sournois que le sida et qui va gangréner le cerveau de nombreux jeunes lecteurs incapables de différencier le vrai du faux propagé par des inconscients profitant de leur naiveté à tous