La nationalité des suspects,
une pomme de discorde


La police de la ville de Zurich innove. Dans ses communiqués, elle ne mentionne plus de manière systématique la nationalité des personnes qu’elle appréhende. Les amalgames sont courants entre l’origine des auteurs d’actes répréhensibles et la population immigrée. Ils conduisent à des généralisations, considérées comme propres à alimenter un discours de caractère raciste.

L’intention est louable. Mais est-ce vraiment la bonne solution? Les réactions à cette nouvelle orientation permettent d’en douter. Au-delà même de l’annonce par l’UDC locale du lancement d’une initiative contre cette «censure», plusieurs objections sont apparues. Le Temps en fait le tour (édition du 17 novembre).

Depuis 2000, des recommandations de la Conférence des commandants des polices cantonales prévoient la divulgation par les agents de police de la nationalité des personnes interpellées. Son secrétaire général Roger Schneeberger, cité par le journal, justifie la pratique au nom de la transparence: «Il ne faut pas cacher des informations à la population, au risque de renforcer les ressentiments». Il est en effet préférable de dire les choses, quitte à les expliquer, que de les taire et favoriser des rumeurs. Pour ne pas parler de la prolifération des théories du complot, plus encouragées que jamais sur les réseaux sociaux.

La pratique policière s’accorde sur ce point avec celle des journalistes, premiers porteurs des informations au public. Leur code de déontologie range parmi les discriminations «la désignation de l’appartenance ethnique ou nationale, de l’origine, de la religion, de l’orientation sexuelle et/ou de la couleur de peau». En particulier lorsqu’elle généralise des jugements de valeur négatifs et qu’elle renforce ainsi des préjugés à l’encontre des minorités. La disposition n’est pas sans nuance. Elle requiert une pesée des intérêts entre la valeur informative et la discrimination.

Un moyen simple d’éviter un traitement discriminatoire dans les médias est de donner les mêmes renseignements sur les auteurs présumés – ordinairement l’âge, l’origine et le domicile – , qu’ils soient des ressortissants suisses ou étrangers. L’usage est répandu dans les rédactions de Suisse romande, comme elle l’est parmi les autorités de police.

Le débat laisse ouvertes trois questions au moins.

Une première se réfère directement à la nouvelle pratique de la police zurichoise. Elle est de savoir si la publication de la nationalité d’un délinquant étranger crée véritablement un sentiment xénophobe dans la population. Une étude relayée par la Ville de Zurich évoque une telle corrélation. Or, selon Martin Killias, ancien directeur de l’institut de criminologie de l’Université de Lausanne et actuel professeur de droit pénal à Saint-Gall, «aucune étude n’a jamais établi la causalité admise par la police zurichoise» (cité par Le Temps).

Une deuxième question concerne la divulgation de l’origine d’un étranger devenu Suisse par l’obtention de la naturalisation. Soulevée sur cette Page du médiateur, elle provoque à chaque fois la controverse. La mention de l’origine peut constituer un élément d’information dans certains cas; elle est le plus souvent l’indice d’une intention de stigmatiser un groupe minoritaire.

Une troisième question tient à la forme. Plus précisément à l’exploitation de l’information dans les médias. Le signalement de la nationalité (ou de l’origine) peut certes contribuer à apporter une explication à certains actes: ainsi, exemple avancé par Martin Killias, les agressions sexuelles à Cologne lors de la nuit de la Saint-Sylvestre de décembre 2015. Lourdement souligné, porté par de gros titres, le même signalement s’en éloigne et prend vite un caractère discriminatoire.

L’équilibre est rarement facile à trouver.

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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