Et si l’entraîneur de foot avait été un prêtre?


La Tribune de Genève a fait grand cas d’un entraîneur de football, qui usa d’un subterfuge et de menaces pour contraindre des garçons âgés de 12 à 16 ans à subir des actes sexuels. Dès l’ouverture du procès, un prêtre romand a fait parvenir une lettre à la rédaction du journal.

« L’article de ce jour (…) concernant l’entraîneur de foot et ses “actes d’ordre sexuel” sur des mineurs ne contient pas une seule fois le terme de “pédophile” ou de “pédophilie”.

«Je me permets de demander à votre journaliste combien de fois ces termes seraient apparus – jusque dans le titre – s’il s’était agi d’un prêtre et non d’un entraîneur de foot. Ce deux-poids deux-mesures ne devrait plus avoir droit de cité dans nos médias. Cela contribue à la sous-pénalisation de ces actes immondes commis sur les plus jeunes, qui devraient être les plus protégés.»

La réponse de la journaliste tient en quelques mots: la qualification de «pédophile» n’est pas utilisé dans l’article, car le prévenu n’est pas considéré comme tel par un expert psychiatre requis par le tribunal. Les chroniqueurs judiciaires cherchent ordinairement à respecter la terminologie utilisée dans les expertises autant que dans l’acte d’accusation.

Notre correspondant regrette que cette précision n’ait pas figuré dans l’article. Elle aurait épargné au journal sa propre réaction, mais elle «en aurait amené un wagon d’autres, j’imagine, tant cela semble inconcevable…» A noter que Le Matin a parlé d’un «entraîneur de foot pédophile» en titre d’un entrefilet.

Il est probable que l’avis de ce prêtre est partagé par un certain nombre de lecteurs.

Depuis quelques années, les actes de pédophilie dans l’Eglise catholique ont focalisé l’attention des médias. La raison est double. D’une part, l’institution a longtemps fait silence sur le sujet, couvert le plus souvent, escamoté parfois ses serviteurs indignes. D’autre part, l’Eglise assortit son autorité spirituelle d’une autorité morale.

Il est évident qu’un entraîneur de football ne saurait se trouver revêtu au même titre d’une telle autorité. Les cloisons ne sont cependant pas aussi étanches qu’il y paraît. Il existe plusieurs manières d’exercer un ascendant sur des jeunes, si l’on considère d’autres professions ou activités de loisirs. On ne saurait donner tort à notre correspondant: de tous les pédophiles, les prêtres sont aux yeux des médias les meilleurs clients.

Une question reste posée. Quels sont les critères retenus pour déterminer la pédophilie, qui qualifie l’attirance sexuelle pour des enfants? Après analyse, l’expert psychiatre a expressément exclu le diagnostic de pédophilie, car il n’y avait pas eu d’actes physiques en présence de victimes de moins de 13 ans. A l’époque des faits, l’entraîneur de foot aurait été moins enclin à s’attaquer à des enfants qu’il n’aurait été troublé par son incertitude concernant sa propre orientation sexuelle. Après une thérapie, il a d’ailleurs déclaré au tribunal accepter désormais son homosexualité.

La faiblesse obligée de l’explication est de ne prendre en compte que l’auteur et d’évacuer les victimes d’actes concrets, bien réels – quel que soit le nom qu’on leur donne. Le tribunal en a pour sa part retenu le nombre et la gravité. Il a prononcé une peine de prison ferme de quatre ans et demi. La défense a fait appel.

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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