Quelle déontologie des journalistes
sur l’Internet?


Lors de l’entrée des médias dans le monde numérique, les changements de statut et de pratiques du journalisme ont été assez tôt identifiés. A la posture de moniteur propre au journalisme d’opinion, à la fonction de guide reconnue au journalisme d’information, s’ajoute un rôle d’aiguilleur.

Le premier dit ce qu’il faut penser, le deuxième à quoi il faut penser. Le troisième explore ce qu’on pense, à quoi l’on pense et ce qui se raconte sur le vaste Web.

Cette évolution provoque-t-elle des changements notables dans la formulation des normes déontologiques du métier? Sans procéder à un tour d’horizon complet, et pour s’en tenir à quelques pays d’Europe occidentale, ce n’est pas le cas.

Les valeurs dominantes du journalisme demeurent: la défense de la liberté de l’information et des idées, la recherche de la vérité et le respect de la personne.

Les normes qui en découlent, formulées dans des chartes, restent pertinentes – qu’elles soient partout et en tout temps respectées est une autre affaire. Tout au plus peut-on relever quelques adaptations mineures.

En France, la Charte d’éthique professionnelle des journalistes, dans sa dernière version de 2011, s’en tient à des principes généraux; elle ne fait aucune allusion au journalisme numérique. Au Royaume-Uni, le nouveau Code de pratique de 2016 se contente de signaler dans une note liminaire que les normes de la charte s’appliquent aussi aux informations en ligne.

En Allemagne, le Code de la presse n’a pas subi non plus de retouches spécifiques. Il a suffi que soit prise en 2008 la décision d’ajouter aux attributions du Conseil de la presse la régulation interne des contenus journalistiques de la presse numérique.

En Belgique, le Code de déontologie journalistique de 2013 offre à ce jour la formulation la plus élaborée et la plus précise: «Les journalistes respectent leur déontologie quel que soit le support, y compris dans l’utilisation professionnelle des réseaux sociaux, sites personnels et blogs comme sources d’information et comme vecteurs de diffusion de l’information».

En Suisse, enfin, le texte de la Déclaration des devoirs et des droits des journalistes n’a pas été modifié. Le Conseil suisse de la presse a simplement arrêté en août 2000 que les normes de la déontologie «valent aussi sur l’Internet».

Depuis lors, l’instance suisse d’autorégulation confirme cette ligne par des prises de position sur divers aspects des activités journalistiques et médiatiques en ligne. Ainsi, les médias ne peuvent pas répandre sans autre des informations privées recueillies sur l’Internet. Ils doivent prendre les précautions qu’impose la mise en ligne de contenus hybrides relevant du «native advertising», apparenté au publireportage, au titre de la séparation requise entre contenus rédactionnels et contenus publicitaires. Ou encore, les rédactions ne sont pas comptables des contenus des blogs extérieurs accueillis sur les plates-formes de leur média en ligne; la responsabilité en revient à l’éditeur du média.

L’ensemble de ces applications et adaptations confirme que les nouvelles pratiques du journalisme numérique n’ont pas provoqué pour l’instant de relecture spectaculaire de la déontologie du métier. Les normes établies tiennent la route. L’appareil juridique entourant les pratiques journalistiques et médiatiques observe une retenue analogue. Un état durable? Les évolutions sont rapides, la question ne peut que rester ouverte.

 

 

 

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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