Vents contraires
autour de la médiation de presse


Suivant les usages internationaux, il est appelé ombudsman. En Suisse alémanique, on s’accommode fort bien de cette appellation. En France, il porte le titre de médiateur. C’est aussi le cas en Suisse romande.

Partout ailleurs, et même aux Etats-Unis,  les appellations varient : rédacteur public, avocat, représentant ou garant des lecteurs. Peu importe, la mission est la même: servir de relais entre le public et les entreprises d’information. Il n’est ni une autorité, ni même un recours: il est un intermédiaire.

Selon les médias, selon les latitudes, le médiateur est appelé à procéder à une conciliation, dans l’esprit d’une médiation au sens juridique; ou simplement à écouter les doléances de membres du public, expliquer le plus souvent, arbitrer parfois, suggérer à l’interne, au besoin, une rectification ou une réparation adéquate.

L’idée est née aux Etats-Unis en 1967, il y a 50 ans. Deux articles sont considérés comme fondateurs. L’un d’eux, paru dans le New York Times, considère que l’instauration d’un ombudsman dans les entreprises de médias est un moyen de lutter contre l’«l’indestructible suffisance» des directeurs et rédacteurs en chefs de journaux. Et plus encore d’offrir un contrepoids à une presse «adonnée au pharisaïsme, à l’autosatisfaction et encline à se féliciter elle-même».

L’un des premiers médiateurs de presse aux Etats-Unis fut Richard Harwood, pour le Washington Post de l’illustre rédacteur en chef Benjamin Bradlee. Il reste une figure emblématique de la fonction. Le New York Times, lui, ne s’est pas précipité. Il a attendu plus de trente ans et le scandale provoqué par les reportages « bidons » de Jayson Blair pour créer le poste en 2003.

Autres temps, autres mœurs? Ironie de l’histoire, pour le moins! Alors que sont célébrés cette année les 25 ans de la médiation en Suisse, le Washington Post a déjà laissé s’éteindre la fonction depuis quatre ans (2013) et le New York Times vient de la liquider à la fin du mois de mai. Plus besoin d’entretenir des médiateurs! De toute façon ils sont débordés, par les effets de l’internet. Et sur les réseaux sociaux, les internautes font leur travail gratuitement.

En Suisse, pour l’instant, la médiation dans les médias tient le coup. Son instauration doit beaucoup à l’audiovisuel. Plus précisément à la création en 1984 d’une Autorité indépendante d’examen des plaintes en matière de radio-télévision. Cette AIEP, il fallut assez rapidement songer à la soulager. D’où l’introduction d’un premier échelon de traitement des plaintes, en amont de l’intervention de l’Autorité indépendante elle-même, voire du Tribunal fédéral.

Les premiers médiateurs de l’audiovisuel se sont donc mis au travail il y a un quart de siècle, en avril 1992, au moment de l’entrée en vigueur de la nouvelle loi sur la radio-télévision. Leur tâche principale est de ménager les conditions d’une conciliation entre le plaignant et l’entreprise de radio ou de télévision concernée, l’affaire n’étant alors portée devant l’AIEP qu’en cas d’échec.

La presse écrite suisse a suivi. En 1995, la Neue Luzerner Zeitung. En 1998, La Regione au Tessin, ainsi que les trois quotidiens du groupe Edipresse en Suisse romande, 24 heures, Le Matin et la Tribune de Genève. En 1999, Tamedia et son titre phare, le Tages-Anzeiger.

Une publication vient de paraître: Les Murs des Lamentations des médias suisses, sous la direction de Roger Blum, ombudsman de la SSR pour la Suisse alémanique, et d’Ignaz Staub, médiateur pour les publications alémaniques de Tamedia.

Un extrait de leur introduction en dessine bien l’esprit: «Les médiateurs suisses ne partent pas du principe que les médias doivent tous être traités de «presse à mensonge» et ne prétendent pas non plus qu’ils sont irréprochables. Ils veulent juste protéger le public des manipulations. Et ils veulent aussi expliquer au public, autant de fois que nécessaire, que la liberté des médias existe bel et bien, et que les médias ont un rôle critique à jouer et une fonction de contrôle vis-à-vis de tous les puissants.»

Question. Est-ce encore, ou seulement, le zèle critique des médias jugé intempestif qui tarabuste le public? N’est-ce pas plutôt, ou tout autant, en cette époque de rejet des institutions et de théories du complot, le soupçon de complaisance envers les pouvoirs? Les explications du médiateur naviguent entre toutes les nuances de gris!

 

 

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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