Une mort abandonnée à ses mystères


Le suicide d’Olivier Guéniat, chef de la police judiciaire neuchâteloise, a soulevé dans la presse romande une émotion profonde et partagée. L’homme était unanimement apprécié: ouvert, disponible, atypique, sympathique, imaginatif. Tout ce qui peut séduire un journaliste.

Le lendemain de sa disparition, les titres des quotidiens lémaniques sont d’une commune sobriété. Ils s’en tiennent à la mention du «décès» du chef de la police judiciaire. Cité dans le texte, un communiqué de la police neuchâteloise indique pourtant d’emblée que tout laisse à penser que celui-ci a mis fin à ses jours.

Au cours de la journée, la police confirme après enquête qu’Olivier Guéniat s’est suicidé. Elle précise qu’il a utilisé son arme de service. Ces éléments sont alors portés en titre de l’information diffusée sur leurs sites internet par Le Matin, 24 heures et la Tribune de Genève (ainsi que par 20 Minutes).

Stop Suicide réagit en adressant un message aux rédactions numériques des quatre quotidiens. Cette association dévolue à la prévention est attentive aux possibles incidences des récits médiatiques. En l’espèce, elle relève que la mention dans le titre de l’arme de service pose problème. La Suisse est le pays européen où le plus grand nombre d’armes à feu est en circulation. L’accès en est relativement aisé, par les effets du système militaire de milice. Conjuguée à l’empathie suscitée par la personnalité d’Olivier Guéniat, la mention de l’instrument de la mort risque d’accroître les risques d’imitation.

La réaction de Stop Suicide est en phase avec la déontologie journalistique. La directive sur le suicide attachée à la Déclaration des devoir et des droits de la profession précise que «les journalistes renoncent à des indications précises et détaillées sur les méthodes et les produits utilisés». Dans ce cas, le seul argument pouvant expliquer la liberté prise avec la recommandation déontologique est l’évidence de l’instrument. Le mentionner est un moyen de couper court à d’autres suppositions.

Dans ce même communiqué, Stop Suicide salue la réserve de la presse romande, qui n’a pas spéculé sur les causes ou facteurs qui ont pu conduire Olivier Guéniat à se donner la mort. L’association a raison: sans être dûment étayées par des faits, de telles spéculations peuvent être sordides, selon les cas et les personnes.

Suivant leur déontologie, les journalistes «observent la plus grande retenue dans les cas de suicide». Certaines conditions les autorisent pourtant à en faire état. C’est en particulier le cas lorsqu’il s’agit de personnalités publiques. Ou si le suicide a «une relation probable avec des affaires publiques».

Dans le cas d’Olivier Guéniat, une recherche sur la ou les causes de la mort volontaire ne semblerait pas illégitime en soi. Elle pourrait conduire à des explications relevant, d’une manière ou d’une autre, de l’exercice de ses fonctions, donc d’un éventuel intérêt public. Ou à l’existence de facteurs  personnels déterminant, liés à la vie privée, dont l’évocation dans les médias ne serait au contraire en rien justifiée.

Enquêter n’est pas spéculer. Enquêter n’est pas non plus publier. Pour faire état d’éventuelles explications d’intérêt public ou, au contraire, pour taire des éléments relevant de la sphère privée, encore faudrait-il entreprendre de les connaître. S’en est-on vraiment soucié? L’Illustré s’est avancé assez loin, sans pourtant aller au-delà d’«une mort et ses mystères». Ailleurs, tout semble s’être passé comme si chercher à s’informer sur la cause du suicide d’une personnalité aussi rayonnante tenait de l’indécence ou constituait une insupportable profanation.

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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