Crise de la presse papier:
des lecteurs en fuite


 

Est-ce qu’une crédibilité accrue ramèneraient aux journaux sur papier une audience prête à payer pour leurs prestations et assez fournie pour leur rendre la santé économique? La question était posée en conclusion d’un récent billet.

En Suisse romande, le bassin des lecteurs de presse est exigu. Pour imaginer surmonter la crise actuelle, les recettes de titres comme le New York Times ou le Washington Post paraissent inapplicables. La masse critique manque. Aucun journal ne dispose non plus d’un potentiel d’exportation significatif.

L’étroit bassin se rétrécit chaque année, car il vieillit. Une rencontre avec des étudiants de l’Université de Fribourg, vient de le confirmer une fois de plus. Ils étaient une bonne trentaine. Aucun ne lit le journal, tous consultent leur smartphone.

La crédibilité d’un titre influence son audience sur l’Internet. Elle ne suffit pas à l’imposer. Le journal Libération vient de comparer l’impact des pages et des contenus numériques d’une cinquantaine de médias français. D’un côté, des médias traditionnels (parmi lesquels Le Monde, Le Figaro ou France Télévision, mais aussi Mediapart, et Huffington Post). De l’autre, des médias dits «alternatifs», de droite comme de gauche. Le résultat est éloquent: ce sont les médias «alternatifs»  qui produisent les contenus les plus partagés.

La crédibilité d’un titre ne suffit pas non plus à pérenniser sa diffusion en kiosque ou par abonnement, et donc à lui procurer des revenus à un niveau assuré de viabilité. La presse écrite est aujourd’hui – le couplet devient lassant – à la recherche d’un modèle économique.

Un déclin constant, une confiance variable

Cette évolution s’inscrit dans une lente et apparemment inexorable transformation des habitudes de lecture. Le temps de chacun est dévoré par d’autres activités, proposées notamment par les nouvelles technologies. Sous réserve d’exceptions, l’audience globale de la presse subit un déclin constant dès la fin des années 1980.

Depuis 1987, les variations de la confiance du public envers ses médias sont consignées dans une étude annuelle menée chez nos voisins français. Elle est publiée par le quotidien La Croix. Le lien effectif entre la crédibilité des journaux et leur diffusion n’y est pas clairement démontré.

Le taux de confiance enregistré pour la presse française en ce début d’année 2017 est effectivement au plus bas: 44%. Dans le passé, il s’est situé cependant cinq fois déjà entre 43 et 45%, avant même le développement des réseaux sociaux. Il a dépassé à plus d’une reprise, et même largement, le taux de 50%. En janvier 2015, il était encore de 58%, alors que la crise des journaux était déjà sérieusement engagée.

Si l’anémie actuelle de la presse écrite n’avait pas d’autres causes que sa seule perte de crédibilité – des causes structurelles, économiques et technologiques –, il faudrait expliquer pourquoi les variations de la confiance du public n’ont pas produit, sur une durée de trente ans, des fluctuations de son audience et de sa diffusion, mais seulement une lente érosion. Et pourquoi son processus vital serait aujourd’hui engagé.

Et comment se fait-il que l’information sur l’Internet soit créditée de la confiance la plus basse, alors que l’audience des sites numériques ne cesse de croître?

Le public ne placerait ainsi dans l’Internet qu’une confiance réduite. Chacun de ses membres en retient pourtant le mode de réponse privilégié: l’information qui l’intéresse, l’opinion qui lui correspond, et que les algorithmes permettent de lui délivrer dans l’instant.

Sur la page de couverture de la première livraison de l’année du magazine Edito, publication des journalistes suisses, un dessin fait dire à l’un des deux personnages: «Je vous ferai confiance quand vous écrirez ce que j’ai envie de lire!»

Rien n’est plus vrai.

 

Ecrire au médiateur

Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

Ecrire au médiateur


Ecrire un commentaire

Dites-nous ce que vous pensez de ce billet. Ecrivez un commentaire!

Vos commentaires

Soyez le premier à écrire un commentaire!