Médias: une confiance en baisse


La crédibilité des médias est en débat. Ce n’est pas nouveau. Ce qui l’est davantage, c’est le contexte: adaptation aux nouvelles technologies, déplacement des sources de revenu, crise de rentabilité, menaces sur la viabilité de titres de presse écrite. La Suisse romande n’y échappe pas.
En France, tous les médias ont vu leur crédibilité baisser dans l’opinion l’an dernier. La radio, tenue pour le média le plus crédible par nos voisins comme par d’autres, subit une perte de trois points. Plus de la moitié des personnes interrogées (53%) continue cependant d’accorder sa confiance aux informations qu’elle diffuse. Les baisses sont plus sensibles du côté des journaux (7 points de moins, au niveau de 44%) et de la télévision (9 points de moins, à 41%).
Le sondage a été réalisé début janvier 2017. Il est paru un mois plus tard dans le quotidien La Croix. Cela fait trois décennies que ce journal publie son baromètre annuel. L’enquête porte sur un échantillon de quelque mille personnes majeures. Dès l’origine, elle est confiée à la Sofres (Société française d’enquêtes par sondages), devenue Kantar TNS en 2016.
Sur la durée, elle permet d’observer des évolutions intéressantes. Au début, la télévision était tenue pour le média le plus digne de confiance: «C’est vrai, je l’ai vu à la télé». Selon l’enquête réalisée en 1989, les deux tiers (65%) des personnes interrogées considéraient encore que les choses s’étaient passées « vraiment » ou « à peu près » comme elle les avait relatées. La radio suivait alors de près (63%) et la presse à quelque distance (55%). Comparés aux chiffres enregistrés en 2017, les écarts sont sensibles. Et le classement entre les médias a changé.

Le poids des événements… et la place du Web
Des nuances pourtant.
La première tient aux événements de l’année sous examen, ainsi qu’à la période de l’enquête. Les circonstances provoquent des variations, parfois sensibles. L’enquête de 1989, par exemple, se déroule en pleine révolution roumaine, mais avant la révélation du simulacre de Timisoara. Cette manipulation par l’image est suivie du traitement télévisuel de la guerre du Golfe en janvier 1991. La chute de crédibilité est brutale.
L’actualité de 2016 ne contribue pas à renforcer la confiance dans les médias. Le Brexit surprend la plupart des observateurs, et donc le public. Donald Trump surmonte le double obstacle d’une élection supposée «inconcevable» et d’une hostilité déclarée d’une grande majorité des médias américains. En France même, le succès de François Fillon lors de l’élection primaire de la droite prend tout le monde de court.
Une deuxième nuance tient à la modification des règles du jeu depuis l’arrivée du Web. La crédibilité des informations en ligne baisse aussi l’an dernier en France. Elle se situait à 31%, elle n’est plus que de 26%. Les données doivent être prises toutefois avec prudence: plusieurs journaux traditionnels ont développé des sites en ligne. La confiance est-elle accordée à la marque ou au support?
La crédibilité des médias ne s’accorde pas à l’évolution de leur audience. Si la confiance dans l’Internet et les médias sociaux reste faible, avec une tendance à la baisse, l’Internet continue de voir croître son audience. C’est le dur paradoxe du moment.

Des réponses différentes selon les pays
Une troisième nuance s’impose enfin. Les réponses du public varient notablement en Europe, selon que l’on se trouve au Sud ou au Nord du continent.
La Commission européenne a commandé en 2016 un rapport sur le thème Pluralisme des médias et démocratie. L’enquête de terrain a été menée par l’institut TNS en septembre et octobre derniers (donc après le Brexit, mais avant l’élection présidentielle aux Etats-Unis).
Sa conclusion la plus notable est que la confiance globale du public dans ses médias nationaux est beaucoup plus forte en Finlande (88%), en Suède (77%) ou encore au Danemark (77%) qu’en Espagne (38%) ou en France (34%), sans parler de la Grèce (26%).
Quant au classement des médias selon leur fiabilité, l’enquête confirme la première place de la radio (66% en moyenne au sein de l’Union européenne), suivie par les journaux imprimés (55%, incluant leurs versions sur internet) et la télévision (55%, mais avec un taux de rejet de 41%, supérieur de trois points à celui des journaux). Les médias sociaux (réseaux sociaux en ligne, blogs, sites de partage, etc.) sont crédités de 32%.
En Suisse? Des enquêtes existent, mais ni les méthodes, ni les objectifs ne sont forcément comparables. L’une d’elles est menée par l’institut bernois gfs pour le compte du Credit suisse. Elle porte sur la confiance dans les institutions. La dernière en date a été réalisée en juillet 2016, elle aussi après le Brexit, mais avant l’élection de Donald Trump. Sur le podium: la Tribunal fédéral (65%), le Conseil des Etats et la police à égalité (62%).
Les médias ne sont pas médaillés, mais ils ne sont pas loin: la télévision (59%), la radio (58%), les journaux payants (58%), les journaux gratuits (57%) et Internet (55%). Tout le monde est en progression, sauf le Conseil fédéral, en baisse de deux points. Entre le Nord et le Sud de l’Europe, les Suisses sont des gens plutôt confiants!

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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