Les hyperliens ne sont pas
que des nids de propagande


Depuis la réforme opérée par Le Matin dans les forums de son édition en ligne, le médiateur pensait avoir atteint le nirvãna: dès la fin de l’été, les réclamations, plaintes ou jérémiades à propos des commentaires se sont rapidement taries. Il en est redescendu dès les premiers jours de janvier.
Un internaute, qui s’était déjà signalé auparavant, commence par lui transmettre les aveux d’un familier du site lematin.ch. Ces aveux, il les a repérés sur un autre site, fort peu complaisant envers les titres romands de Tamedia (parmi d’autres). Ils remontent à l’ancien régime. A la façon du catalogue des conquêtes de don Juan lu par Leporello, le coquin décline divers pseudonymes dont il se glorifie d’avoir usé pour «foutre la misère sur LM». On en compte une douzaine, dont le dernier banni n’est pas le moins élégant: «Sal Bicco».
Bien que remontant à plus de quatre mois, l’information paraît d’emblée utile aux yeux du médiateur, tout le monde ne consultant pas le site en question. Elle confirme au moins que le temps était bel et bien venu de faire le ménage sur les forums. Merci donc à cet internaute vigilant.
Mais voilà que ce dernier livre une semaine plus tard le fruit d’autres investigations. Cette fois, ce sont les liens URL introduits dans leurs textes par certains commentateurs qui lui posent problème. «Votre forum, écrit-il, est toujours une foire aux liens propagandistes».
L’introduction d’hyperliens sur une page Web ne va pas de soi. Aux premiers temps des réseaux sociaux, un ouvrage sur l’éthique du journalisme en ligne faisait observer que le recours aux hyperliens n’était pas encouragé par les médias américains. D’une part, pour des raisons concurrentielles: ne pas inciter les internautes à les quitter pour aller voir ailleurs, au risque d’une rupture définitive avec le récit proposé sur leurs propres sites. D’autre part, pour des raisons éthiques et déontologiques: ne pas assumer, par référence directe ou par ricochets, des contenus qui ne seraient pas conformes aux normes journalistique, respectées pour eux-mêmes par les médias concernés. Principalement visés: les sites de propagande, les sites cultivant la violence ou la pornographie. Ce tonneau-là ne sent pas bon.
Ces motifs, les seconds principalement, ont eu pour effet une réserve affirmée de la part des responsables de sites médiatiques en Suisse. Pendant plusieurs années, la proscription des liens était plutôt recommandée. Ainsi par l’équipe de modération du Matin. Mais une observation attentive des pratiques des internautes a montré que les hyperliens avaient une utilité: comme apports de preuves factuelles, comme supports d’arguments. Il serait excessif de les éliminer par principe. C’est pourquoi l’actuelle charte des commentaires du Matin demande à l’usager de s’engager «à ne mettre de liens URL dans [ses] commentaires que si ceux-ci sont nécessaires au débat».
Or, les liens «suspects» indiqués à titre d’exemples par le vigilant internaute répondent indéniablement à ces conditions: ils sont introduits dans des commentaires où il est question de Trump, de sa fille Ivanka ou de déclarations de Jean-Luc Mélenchon sur les relations avec la Russie, informations et opinions véhiculées par CNN, France Télévision ou France 2.
Rien à voir donc avec des nids de la propagande dénoncée. Sauf à considérer que de telles sources médiatiques lui seraient désormais dédiées. Ce qui serait, à vrai dire, assez tendance par les temps qui courent!

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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