Les sondages d’opinion
soumis à des coups de sac


Le printemps a fait surgir le Brexit des urnes britanniques et l’automne a été chaud. Election de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis. En France, écrasante victoire de François Fillon au premier tour de la primaire de la droite et du centre. En Suisse, comme en catimini dans le brouhaha ambiant, un vote populaire sur la sortie de l’énergie nucléaire pas conforme aux sondages, et notamment à l’enquête d’opinion réalisée par Tamedia.
Les enquêtes sur l’électorat sont partout soumises à d’énergiques coups de sac. La démocratie aurait-elle mal à ses sondages? Fournies après coup, les explications les plus pertinentes, ou les plus probables, ne suffisent pas à convaincre. L’opinion publique est habitée par une incrédulité croissante. Cela ne l’empêche pas de guetter en chaque occasion les résultats délivrés par les instituts spécialisés, relayés par les médias.
L’oubli qu’un sondage n’est pas un oracle est tenace. Un sondage ne prédit rien. Il n’est que la photographie de l’état de l’opinion à un moment donné. L’indication systématique par les sondeurs d’un intervalle de confiance vise à relativiser le résultat chiffré. Elle est mal perçue et augmente le doute lorsque la marge est allègrement enjambée.
La photographie proposée par les sondeurs n’a pas la précision des nouveaux appareils digitaux. Une enquête d’opinion dépend de divers facteurs, dont la prise en compte varie selon les techniques et procédures utilisées.
L’idéal serait que l’échantillon défini corresponde exactement à l’univers concerné. Il serait aussi que chaque réponse soit à la fois sincère et assurée: la personne questionnée dit effectivement ce qu’elle pense; et ce qu’elle dit, elle l’exprime ensuite dans l’urne.
Or, les sondeurs savent depuis longtemps que des gens taisent leurs inclinations pour certains candidats, partis ou projets, stigmatisés à tort ou à raison par la majorité des médias. Ils essayent de corriger les distorsions, sans toujours y parvenir.
Le jeu de l’erreur est évidemment piquant. Il n’élude pas la question de fond: le sondage se donne comme un instrument de mesure; mais fait-il l’élection (ou la majorité)?
L’analyse d’un sondage, publié dans Le Monde trois jours avant le premier tour de l’élection primaire française, ouvre des pistes*.
Lors de tout scrutin, l’électorat peut évoluer. Selon la conjoncture ou l’actualité. Selon des faits de campagne (déclarations, altercations, révélations ou autres). Selon le déroulement des assemblées politiques et des débats télévisés. Lors d’une élection primaire, comme en France le mois dernier, les concurrents appartiennent à une même famille politique. L’instabilité potentielle tourne alors à la versatilité. Cette particularité a été plus d’une fois relevée lors de la campagne et soulignée à satiété sur les plateaux de télévision le soir du premier tour.
Les sondages ne manquent cependant pas d’interférer lors d’une élection, quelle qu’elle soit. Leur publication alimente les tendances observées «en proportion de l’écho qui leur est donné, par les médias et les politiques». Elle conduit le citoyen à accroître son soutien aux candidats qui font la course en tête. A l’inverse, elle pousse à l’abandon de ceux qui se trouvent trop distancés.
Le phénomène s’est manifesté de manière spectaculaire en France, dès l’entrée dans le vif de la campagne. La remontée rapide et surprenante de François Fillon dans les sondages s’est faite aussitôt événement. Elle a été traitée à cette hauteur-là par les médias. Elle s’est encore accentuée lors du scrutin, menant le candidat à une victoire finale écrasante.
Rien de cela n’est négligeable. Mais rien n’en constitue non plus les indices d’une manipulation délibérée et orientée, trop souvent prêtée aux sondages et aux médias qui leur servent de chambre d’écho.

*Par Jean-Baptiste de Montvalon et Brice Teinturier, directeur général de l’institut Ipsos France.

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«Mais rien n’en constitue non plus les indices d’une manipulation délibérée et orientée, trop souvent prêtée aux sondages et aux médias qui leur servent de chambre d’écho». Sans soutenir le délit d’intention, à quelle corporation les sondages d’opinion apportent le plus de grain à moudre dans son industrie?