Les forums du « Matin »:
vers un retour au calme


Pas simple! Pas simple du tout! Le site du Matin a pris à la fin du mois d’août la décision courageuse de faire le ménage dans ses forums. L’ opération tient en deux volets. L’inscription de tout commentateur est soumise à une gestion plus rigoureuse: chaque participant est tenu de fournir désormais des indications attestant son identité et livrant ses coordonnées (adresse électronique et numéro de téléphone mobile). La surveillance du contenu des propos mis en ligne se fait plus attentive, la modération devient plus stricte.
Affirmé dans les colonnes mêmes du journal, l’objectif de la rédaction est de parvenir à ménager aux internautes «un véritable lieu de discussion dans le respect mutuel», et non de les convier à une foire d’empoigne. «Des débats, pas du fiel», proclamait le titre.
Le médiateur n’a reçu que très peu de réactions à la mise en œuvre de la réforme. Mais le jour de l’annonce, ce message lui est parvenu: «Le Matin (…) bannit toutes les opinions dissidentes dans ses forums. La dictature de la pensée unique avance!». Par pensée unique, la précision est apportée qu’il s’agit bien du triomphe attendu du «politiquement correct». Pas du fiel peut-être, mais alors du miel. Seulement du miel?
Cet internaute primesautier aurait sans doute quelque peine à le démontrer. Et plus encore à convaincre l’auteur d’un long réquisitoire guetté par l’hyperbole et l’extrapolation, parvenu un mois plus tard: «Une simple lecture (…) vous montrera, sans équivoque, que les pollueurs d’hier sont toujours présents et que seuls leurs contradicteurs occasionnels ont été évincés.»
La polémique est menée sur trois fronts: la permanence de pseudonymes sur les forums, qui contredit aux yeux de l’auteur l’assurance d’un meilleur contrôle de l’identité des commentateurs; l’inobservation obstinée par certains participants, en particulier par l’un d’eux dûment désigné, des règles de respect mutuel promulguées par le site; l’activité de quelques internautes qui font de la critique de la Russie leur principal fonds de commerce.
Parmi ces derniers, l’un se voit ainsi reprocher de répéter mot pour mot le «discours officiel et officieux des services secrets américains» et de «relayer des mensonges rétribués par USAID» (Agence des Etats-Unis pour le développement international). Stipendié donc, notre russophobe? La preuve n’en est pas apportée.
La persistance de profils sous pseudonyme, usage hérité du passé, est encore perceptible. Elle est de plus en plus résiduelle. Elle peut être due à des défaillances de la part des modérateurs. Ou à des malices techniques, qui provoquent parfois l’affichage provisoire d’un commentaire indésirable promis à la disparition.
L’usage de l’anonymat ou le recours à un pseudonyme sont par ailleurs admis dans les pages d’information, au titre de la protection de la personne. Mais un forum en ligne ne répond pas aux mêmes conditions. La rédaction du Matin considère que l’espace de liberté offert sur son site suppose que les gens s’y expriment sous leur véritable identité.
Sous l’effet des mesures annoncées, la diminution de la masse des commentaires en ligne est sensible. Ce n’est pas une surprise. La rédaction en chef du Matin s’y attendait. Elle avait même réfléchi à la suppression pure et simple des forums. Au motif que lematin.ch est une plate-forme d’information, accordée à la politique éditoriale du titre publié sur papier. Et non un forum de discussion, comme il en existe tant sur le réseau. Echaudés par trop de mauvaises expériences, d’autres journaux s’y sont résolus. Le Matin a préféré la voie d’un compromis: restituer sur le Web l’esprit du courrier des lecteurs dans les journaux traditionnels.
Pour conclure, quelques mots de la réponse du rédacteur en chef du journal à l’auteur du réquisitoire cité plus haut: «Des erreurs? De la mauvaise modération? Des profils problématiques? Oui Monsieur, il y en a encore. Mais nous poursuivons nos efforts pour que cela s’améliore». Après deux mois seulement, le contraire serait étonnant.

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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