Trump: c’est la faute aux médias!


A la mi-août, Donald Trump envoie une salve de messages sur son compte Twitter. Il dénonce l’action des médias. Coupables à ses yeux de la baisse des intentions de vote en sa faveur. Et d’une «protection» dont jouirait à ses yeux la candidate démocrate Hillary Clinton.
Il semble que cette brusque éruption soit provoquée par une enquête du New York Times, publiée la veille. L’article évoque les interrogations d’une équipe de soutien sur la capacité du candidat républicain à hausser son niveau.
Au même moment, un éditorial du Wall Street Journal suggère qu’à défaut de professionnaliser sa campagne dans les plus brefs délais, Donald Trump serait bien inspiré de se retirer au profit de son colistier Mike Pence. Depuis lors, son équipe tente tant bien que mal de corriger le tir.
Avant l’élection primaire, le magnat de l’immobilier s’en est déjà pris plus d’une fois à la presse: attaque contre une journaliste de Fox News, chaîne de télévision pourtant peu suspecte d’antipathie envers son parti; menace de suspension de l’accréditation du New York Times, permettant aux journalistes du quotidien de suivre sa campagne; mise au ban du Washington Post, en raison d’articles critiques; altercation avec la presse au sujet d’une promesse de dons, non suivie, à des anciens combattants; jusqu’à l’évocation d’une modification de la loi, afin de rendre plus faciles les actions en justice contre les entreprises d’information.
Le nouveau médiateur du New York Times, Jim Rutenberg, n’a pas attendu le dernier éclat du milliardaire pour signaler les dommages collatéraux causés par cette candidature sur les pratiques journalistiques. «Trump teste les normes de l’objectivité en journalisme», affirme le titre de sa chronique parue le 8 août dans le quotidien.
Quelles sont ces normes ? Pour le dire brièvement, le journalisme américain distingue plus clairement que d’autres la séparation entre l’information et l’opinion. L’opinion est réservée aux éditorialistes et «columnists». Elle dispose traditionnellement d’emplacements réservés. L’information, elle, est dévolue à la relation des faits et à la reprise de déclarations. Elle utilise un arsenal de moyens techniques: l’apport de preuves factuelles, la citation systématique des sources, l’attribution claire des citations, l’usage approprié des guillemets, la présentation obligée des points de vue opposés. Dans une campagne présidentielle, ce dernier aspect prend une importance absolument décisive.
L’application de ces règles professionnelles n’échappe pas toujours à un risque de formalisme. Elle a été dénoncée comme un «rituel stratégique», visant à mettre les journalistes à l’abri de la critique. Le culte de l’objectivité n’en subsiste pas moins, conduisant des professionnels à faire même profession d’abstentionnisme lors des élections.
Le défi est compliqué. Que faire lorsqu’il s’agit d’un candidat comme Donald Trump, dont les propos ne semblent reculer devant aucune forme de provocation? A point de dessiner au fil des mois le profil d’un candidat sanguin, inconséquent, irresponsable et potentiellement dangereux. Comment ne pas mettre en débat, non d’abord ses idées politiques, mais sa capacité même à occuper le symbolique bureau ovale? Ainsi, le médiateur du New York Times rapporte des discussions plutôt alarmantes sur le pouvoir de déclenchement de l’arme nucléaire. «Puisque nous en disposons, pourquoi ne pas l’utiliser?», demande selon un témoin le candidat républicain au cours d’un entretien sur la sécurité.
Cette candidature hors norme compromet par elle-même l’équilibre recherché par la presse d’information. La couverture des faits et gestes de Donald Trump est à leur mesure; elle n’a pas manqué non plus de contribuer à sa notoriété. Le malaise est là. Un cadre de la rédaction du quotidien newyorkais se sent obligé de préciser que ce traitement spectaculaire ne signifie pas l’abandon d’une couverture «vigoureuse» de la campagne de Hillary Clinton.
Du coup, on peut se demander si l’ampleur accordée par les médias à l’usage inadéquat de sa messagerie privée par l’ancienne occupante du Département d’Etat ne répond pas à une ambition d’établir, entre les deux candidats, un équilibre introuvable.

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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