Commentaires sur l’internet:
excès et défaillances


L’attention requise de votre médiateur au sujet de la modération des commentaires sur les sites des journaux est permanente. Elle l’a déjà conduit à se demander s’il n’y laissait pas trop de temps et d’énergie. D’autres thèmes, plus directement liés aux pratiques journalistiques et médiatiques, paraissent plus substantiels et davantage dignes de soins. Il trouve donc un réconfort certain à la lecture d’une récente chronique de l’actuel médiateur du Monde, Franck Nouchi. Il y découvre, à l’identique, l’ensemble des questions que pose depuis dix ans le développement de cette forme d’interactivité sur l’internet.
Le médiateur des titres de Tamedia n’est donc pas le seul à recevoir de nombreuses réclamations concernant la modération des commentaires. Pas le seul à faire face à des accusations de laxisme, pour ne pas dire de complicité, lorsque paraissent des propos jugés inadmissibles. Pas le seul, à l’inverse, à devoir répondre d’une prétendue censure imposée à certains participants aux forums de discussion. Pas le seul enfin à fournir des explications à des lecteurs critiques, qui s’interrogent sur le fonctionnement du dispositif de régulation.
Ces aspects sont régulièrement abordés dans des correspondances particulières, en réponse à des réclamations. Ils l’ont été plus d’une fois sur la Page du médiateur. Ils le sont en début d’année, depuis que les rédactions des quotidiens de Tamedia (24 heures, Tribune de Genève, Le Matin) ont choisi de confier la modération à une société française spécialisée, Netino. Ils sont alors référés aux données de l’exercice écoulé, consignées dans un rapport.
Or il se trouve que cette même société modère les commentaires des lecteurs de plusieurs titres de presse français, dont les divers supports du Monde.fr. Il existe cependant de notables différences quant au champ de la modération.
Les journaux de Tamedia ne confient cette surveillance à Netino que pour les commentaires en ligne sur leurs sites; ils s’en chargent eux-mêmes sur leurs pages Facebook; ils en laissent le soin aux auteurs des billets publiés sur leurs plates-formes de blogs. Le Monde soumet l’ensemble de ces débouchés à la modération de Netino, les commentaires sur son site étant réservés à ses abonnés. Il reste que les enjeux sont les mêmes.
Il en va des conditions d’un échange qui, sans sacrifier à une absolue placidité, reste animé par une volonté de discuter, de convaincre. Et non d’agresser et d’insulter. Pas loin d’un quart (22,6 %) des commentaires déposés sur les sites des quotidiens romands de Tamedia a été rejeté en 2015. Il l’a été principalement pour ces deux motifs, auxquels s’ajoute le racisme, en sensible croissance.
Florilège édifiant (la graphie des auteurs est respectée): «Faut niquer tout les bougnoules», «Au four des gars comme ça», «Connard, chaque 6 mois on devrait lui couper un doigt», «a neuchatel la première chose a faire s’est d’éliminé les frontaliers», «Kosovars, africains… en gros toute la racaille quoi…»
Cela suffit. La tâche des modérateurs n’est pas de celles qui nourrissent un optimisme débridé sur la nature humaine. Elle est certes encadrée par l’existence de chartes. Mais elle se complique parfois du fait de l’intervention de «trolls», ces internautes qui s’ingénient à semer la zizanie dans les discussions sans nécessairement en dépasser eux-mêmes les limites.
La modération est compliquée et fragile. Ses conditions d’exercice, la masse des commentaires, la rapidité des flux lui interdisent pratiquement d’être irréprochable. Du côté du Monde aussi, il arrive que subsistent en ligne, pendant quelques minutes, des commentaires pouvant choquer, avant qu’ils ne soient jetés à la poubelle. Ou que d’autres, respectant pourtant la charte de modération, se voient supprimés par erreur. Selon son médiateur, de telles défaillances sont reconnues par la rédaction. La même capacité d’autocritique se retrouve parmi les responsables des divers sites de Tamedia. A son tour, votre médiateur peut l’attester.

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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