De quoi la schizophrénie est-elle le nom?


Maladie mentale, la schizophrénie représente pour qui en souffre un lourd handicap. Elle se caractérise par une désorganisation psychique qui se manifeste par l’ambivalence des pensées et des sentiments. Elle se traduit par une conduite paradoxale. Elle entraîne une perte de contact avec la réalité et un repli sur soi. Par ses symptômes, des crises, elle est porteuse d’inquiétude pour l’entourage familial et social.
Comme l’ensemble des maladies mentales, elle est loin d’être partout traitée dans le monde à hauteur de sa gravité, ni même reconnue. Tous les pays n’offrent pas aux malades les soins de médecins et d’établissements spécialisés. Loin de là. La schizophrénie, selon les temps et les régimes, a souvent servi de commode passeport pour des asociaux et des dissidents politiques, envoyés dans des camps ou maintenus sous régime pénitentiaire.
En quoi cette triste réalité concerne-t-elle les médias? En premier lieu au titre de leur devoir de vigilance envers les abus de pouvoir et de défense des droits de l’homme. Il ne s’en sont pas privés à l’époque du goulag. Leur attention a été plus inégale par la suite, en d’autres régions de la planète où le déni de la maladie mentale est largement partagé.
Concernés, les médias le sont aussi par l’usage du terme «schizophrénie» qui est couramment le leur. Diverses études internationales démontrent que le discours de la presse suscite une stigmatisation de la maladie capable d’influencer les politiques de santé et les soutiens privés. Les médias tendent par ailleurs à la banaliser en lui attribuant un sens métaphorique, contribuant ainsi à une incompréhension.
Le supplément « Science & médecine » du Monde (20 janvier 2016), évoque une étude présentée par le psychiatre Yann Hodé, attaché à un hôpital du Haut-Rhin. La recherche porte sur l’analyse pendant quatre ans de grands titres de la presse française, quotidienne et hebdomadaire.
Sur plus de 1,3 millions d’articles traités par un logiciel avec l’appui d’une étude sociologique, de janvier 2011 à mars 2015, la notion de schizophrénie se retrouve dans quelque deux mille articles. Elle est retenue dans son sens médical dans 44% seulement des cas. Et encore, l’est-elle moins souvent dans un contexte médico-social, scientifique ou judiciaire que dans les rubriques culturelles, à propos de films ou de livres. Cette inclination serait, précise l’article, «une spécificité française». Question: serait-ce si différent dans la presse romande?
L’ensemble du discours médiatique sur la schizophrénie serait ainsi « fréquemment associé à la souffrance, au malheur, et surtout à la violence», occultant les réalités concrètes de la maladie, relève le journal.
A cela s’ajoute, dans la majorité des articles sous observation, la propension à user, et surtout abuser de la notion de schizophrénie en lui réservant un sens métaphorique. Sans qu’elle soit réellement définie, souvent confondue avec un dédoublement de la personnalité, elle est appliquée sans discernement.
«Complètement schizo» devient une figure de style pour qualifier une personnalité publique ou sa politique, là où il serait plus judicieux de parler de contradiction, d’hésitation ou d’inconstance. Pour la période considérée par l’étude française, François Hollande apparaîtrait comme une figure de proue. Le Monde lui-même serait sur ce chapitre «assez emblématique».

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Vos commentaires

Merci pour cet article.
A mon humble avis de citoyen lambda, sans aucune qualification médicale, la schizophrénie n’est pas véritablement une maladie, sauf lorsqu’elle devient complètement handicapante. Elle est au contraire le symptôme de la richesse et de la complexité de la vie et un signe de santé mentale, d’ouverture et de capacité à remettre en question des positions un peu trop figées qui servent à nous rassurer.
J’ose à peine le dire, car de nombreuses personnes souffrent réellement de cette affection. Mais il serait bon de relativiser leur état et de ne pas les faire passer pour des malades lorsqu’ils en éprouvent les premiers symptômes.