La vie du commerce et des produits


Remise d’un commerce de vin sur la Riviera vaudoise, l’été dernier. Son propriétaire souhaite que le quotidien 24 heures consacre un reportage à cette nouvelle étape. Il se voit opposer une fin de non-recevoir. A l’automne, il s’aperçoit qu’une cave voisine fait l’objet d’un article circonstancié, à la suite d’une modernisation de ses locaux. Il ne comprend pas. Il y voit un favoritisme inacceptable. Il demande au médiateur des explications et un reportage équivalent.
Le médiateur ne peut que transmettre les explications de la rédaction. Le quotidien vaudois présente chaque semaine une PME du canton. Le choix peut s’accorder à une actualité: un développement des activités, une extension, un déménagement, une modernisation… La rédaction choisit librement ses sujets et en assure la diversité. Ainsi, l’attention portée à une remise de commerce ne créerait aucun «droit» pour d’autres commerçants, quelle que soit leur domaine, qui déciderait un jour de remettre leur affaire.
Cela peut paraître arbitraire. C’est aussi une façon d’affirmer l’indépendance de la presse sur un terrain particulièrement délicat.
La démarche de la cave représente une exception. Le médiateur n’est pour ainsi dire jamais interpellé sur les relations entre l’activité journalistique et la vie du commerce. Depuis qu’il a pris sa fonction, c’est même l’un de ses étonnements. La presse parle de l’ouverture de nouvelles enseignes, du lancement de produits. Elle traite des mouvements de rachat, de fusions, de cessation d’activité. Elle suit d’une manière générale la marche des affaires.
Cette large couverture dissimulerait-elle une part de compromission? La question ne manque pas de se poser. Les plaintes auprès de Conseil suisse de la presse ne s’illustrent pourtant ni par le nombre ni par la fréquence. Pour s’en tenir aux démarches auprès du médiateur, le public ne semble pas en avoir cure.

Journalistes et éditeurs concernés
Les journalistes y sont au contraire très sensibles. Leur code de déontologie offre un arsenal protecteur contre tout ce qui conduit à un mélange entre publicité et information, se prête à une publicité clandestine, privilégie l’intérêt d’acteurs économiques par rapport au droit des lecteurs et auditeurs à être informés, restreint la liberté d’une rédaction de s’en tenir à ses critères de choix de thèmes et de sujets. Afin de renforcer la vigilance sur ces questions, une association de journalistes s’est même créée en 2005 en Suisse romande, sous l’appellation «Info en danger». Elle s’est dissoute en 2011.
De semblables préoccupations sont partagées depuis longtemps par les éditeurs de presse écrite – pour ne pas parler de la SSR, qui a ses propres règles. Au départ, la motivation était principalement d’ordre concurrentiel. Il convenait de s’entendre sur des pratiques communes, afin de ne pas favoriser des distorsions, dues à une complaisance excessive de l’un ou l’autre des journaux présents sur le marché, notamment envers les annonceurs.
La pierre de l’angle tenait à un double principe: ne pas soumettre une prestation rédactionnelle à la demande expresse d’un annonceur; ne pas séduire un annonceur par la promesse d’une prestation rédactionnelle spécifique à son avantage.
Un nouveau Code de conduite a été élaboré, à l’initiative de la Conférence des rédacteurs en chefs, partie prenante du Conseil suisse de la presse. Les organisations professionnelles des annonceurs et des éditeurs y ont adhéré en janvier 2007. L’idée-clé est transparence: toutes les précautions doivent être prises pour que le public distingue clairement ce qui relève de la rédaction, donc du journalisme, et ce qui appartient à la publicité ou à toute autre forme de communication commerciale.

Une consommation sans complexe
De notables évolutions se sont produites en effet dès la première décennie de ce siècle. Un contexte économique plus précaire a induit une situation tendue sur le marché de la publicité. Les journaux gratuits se sont largement répandus, vivant exclusivement de leurs annonces. L’internet s’est développé, absorbant une part non négligeable d’offres de produits et de services.
Dans la société même, les marques et la consommation se voient accorder une place toujours plus importante. Les jeunes gens affichent sans complexe les marques de leurs vêtements : le nom du fabricant en vient à les distinguer mieux que la matière ou la coupe. Une tenue de joueur de hockey-sur-glace tient du panneau d’affichage. Le rythme de remplacement des objets quotidiens s’accroît, notamment celui des instruments d’une communication désormais omniprésente, téléphones portables, tablettes ou autres outils du même acabit.
Auparavant, l’information sur les «nouveautés» restait un sujet sensible, bien que soumis à des pratiques très diverses selon la nature des organes de presse écrite et de leurs sections (cahiers spéciaux, presse féminine, etc.) Aujourd’hui, tout semble favoriser une attitude plus décontractée, jusque dans les médias, et donner du coup des idées aux annonceurs.
Le débat n’est donc pas clos. Une prise de position du Conseil suisse de la presse, alors interpellé par l’Association «Info en danger», constitue une bonne référence. L’organe de régulation légitime une réponse des médias à l’intérêt du public pour la vie du commerce, la mise sur le marché d’innovations, la recherche de commodités. Pour autant que les formes et les limites en soient respectées. Et que le souci d’une information libre guide leur action. La vigilance reste de mise.

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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