Campagne électorale et casse-tête journalistique


Soirée d’élections fédérales, résultats à haut débit, bousculades devant les micros. Quelle tendance? Quelles surprises? Pourquoi cette progression, ce recul?
Au cours d’une campagne électorale, le premier souci du médiateur est de prêter attention à l’équilibre opéré par les rédactions entre les diverses forces politiques. De tendre l’oreille aux critiques publiques – bien qu’elles paraissent davantage portées à flatter les idées reçues qu’à se soucier de démonstration. Les cibles habituelles en sont les médias dominants, la RTS et les grands journaux régionaux.
La tâche des quotidiens d’information politique et générale n’est pas simple en période d’élection. Quelle place réserver à l’appréciation éditoriale des enjeux, des propositions, des candidats, qui relève de la liberté de la presse? Comment concilier cette liberté avec la mission d’un journal régional d’assurer une information large et complète des citoyens? Cela tourne au casse-tête.
Une équité parfaite tiendrait de la quadrature du cercle. Toutes les formations politiques n’ont pas le même poids. Convient-il de distribuer l’espace rédactionnel accordés aux partis et à leurs candidats selon la force des représentations dans le parlement à renouveler? Ce serait favoriser le statu quo et escamoter la réalité du moment. De viser une absolue égalité entre les listes, voire les candidats? Cela risquerait d’estomper les différences entre envie de participer et expérience acquise, projets et réalisations, vision idéale et souci d’efficacité. De se contenter de relater les «faits de campagne»? Cela accroîtrait les effets de distorsions déjà inévitables: les candidats occupant des fonctions politiques ou sociales importantes sont naturellement favorisés, soutenus par le cours même de l’actualité.
Le quotidien vaudois 24 heures a diffusé en début de campagne un cahier spécial, riche et vivant. La Tribune de Genève a publié des entretiens développés de chacun des présidents ou représentants qualifiés de formations siégeant au Grand Conseil.
Dès la mi-septembre, une page entière de conception graphique identique a donc été dévolue par le journal genevois aux réponses des Verts, du Parti démocrate-chrétien (PDC), du Mouvement citoyens genevois (MCG), du Parti libéral-radical (PLR), du Parti socialiste (PS), d’Ensemble à gauche et de l’Union démocratique du centre (UDC). S’y sont ajoutés, sur deux tiers de page, des entretiens avec les responsables de deux partis absents du parlement cantonal genevois, mais présents à Berne: les Verts libéraux et le Parti bourgeois démocratique (PBD), celui de la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf.
Pas plus en terre vaudoise qu’en terre genevoise, le médiateur n’a décelé dans ces présentations du scrutin du 18 octobre l’affirmation patente d’une volonté partisane de convaincre. Il a constaté une volonté citoyenne d’inciter les lecteurs à s’intéresser aux enjeux politiques et personnels de ces élections. Défi difficile à relever quand on constate la permanence d’un abstentionnisme massif.
La démocratie semi-directe a pour effet qu’une élection des Chambres fédérales est, plus qu’ailleurs en régime parlementaire, parcourue de questions très concrètes, apportées par des initiatives en gestation, des scrutins annoncés, des débats en cours. Enjeux complexes, croisés, entrelacs de problèmes et de solutions. Cette démocratie à haute complication explique en partie l’abstention tenace. Qu’il est difficile d’y voir clair!
Cela donne la mesure des efforts accomplis par les médias pour faire d’une élection fédérale un sujet aussi captivant que possible, aux yeux de lecteurs ou de téléspectateurs plutôt portés à regarder ailleurs. La couverture de la campagne électorale par 24 heures et la Tribune de Genève n’a provoqué aucune interpellation au médiateur. Signe par défaut d’un acquiescement des lecteurs? Ou indice supplémentaire d’indifférence?

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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Sans doute signe d’indifférence, en effet. Ou peut-être que les lecteurs font l’hypothèse que les journalistes sont généralement de gauche, et « recentrent » d’eux-mêmes plutôt que de s’en plaindre dans ces colonnes.