Comment corriger et rectifier sur le Web


Voilà une interpellation intéressante! Dommage qu’elle ait pour auteur un internaute indéfectiblement attaché à son anonymat, qui ne s’exprime que sous un prénom – authentique assure-t-il. Surtout qu’il nous parle de transparence.
24 heures publie dans son édition du 15 septembre un article sur un projet d’amélioration de l’éclairage du parking du Marché à Montreux. Le même article est repris sur le site en ligne du quotidien. Il y est accompagné d’une illustration, légendée «La place du marché de Montreux, avec son parking». Pas de chance! La photographie montre le parking du marché de Vevey. Deux internautes réagissent. La rédaction remplace la mauvaise illustration par la bonne.
Rien que de très courant. Lorsqu’un journaliste s’aperçoit d’une erreur factuelle, ou que cette erreur lui est signalée, il se doit de rectifier dans les meilleurs délais. On ne le répétera jamais assez: un médias fiable n’est pas un média qui ne commet jamais la moindre erreur – il n’en existe tout simplement pas sur la planète. Un média assoit sa crédibilité en rectifiant une information erronée, en précisant une information défectueuses.
Ainsi, Le Matin Dimanche n’a pas manqué de rétablir dans son édition du 20 septembre la légende fautive d’un photographie illustrant un sujet viticole paru une semaine plus tôt. La légende parlait de Raymond Clottu, conseiller national neuchâtelois de l’UDC, l’image montrait Raymond Paccot, vigneron à Féchy, dont il était largement question dans l’article.
Cette procédure habituelle conserve-t-elle toute sa pertinence sur le Net? C’est la question que soulève notre internaute: «Tout comme dans le monde du logiciel, je suggère à la presse d’avoir un historique sur les changements qu’elle effectue». En d’autres termes: d’en assurer la traçabilité.
L’interrogation n’est pas inédite. L’écriture sur l’Internet est d’une grande souplesse. Elle autorise une correction rapide et permanente des fautes d’orthographe ou d’accord, des maladresses de style. Elle permet surtout d’actualiser des informations selon l’évolution des situations et l’apport d’éléments nouveaux. L’usage dans les rédactions web des médias est d’indiquer l’existence d’une mise à jour, ainsi que son heure exacte, à la minute près.
Notre internaute voudrait en somme que les éléments corrigés, autres que mineurs, soient de plus explicitement mentionnés comme tels. Par exemple, la confusion entre les marchés de Montreux et de Vevey.
Comment? Par un système d’archivage des modifications façon Wikipedia? Ce serait très lourd. Par des interventions visibles sur le texte, comme le font certains blogueurs? Cela risquerait de tourner au grimoire. Par une simple mention au bas du texte en ligne? Encore faudrait-il que le changement soit assez détaillé.
Une première difficulté serait de déterminer quelles corrections seraient considérées comme assez importantes pour être ainsi signalées. Une autre, plus gênante, serait de savoir quel traitement réserver à des demandes de retrait d’informations ou, plus délicates encore, d’images lorsque des personnes s’estiment atteintes dans leur personnalité. Une procédure parfaitement transparente assurerait une référence durable aux éléments litigieux.
Une enquête menée aux premiers temps de l’Internet auprès de quotidiens américains a montré que trois responsables de rédactions web sur cinq seraient d’accord de corriger une erreur en remplaçant l’article au complet, plutôt qu’en apportant des rectifications. Avec le temps, cette pratique tend à s’imposer sur les sites de médias.

Ecrire au médiateur

Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

Ecrire au médiateur


Ecrire un commentaire

Dites-nous ce que vous pensez de ce billet. Ecrivez un commentaire!

Vos commentaires

Intéressant ! J’aurai tendance à favoriser le système d’archivage. Il faut préciser que ce dernier n’est en rien lourd. Il suffit non pas de mémoriser l’ensemble des versions passées de l’article, mais seulement les modifications qui sont faites. C’est ce que font les systèmes de versioning (comme git) pour garder un historique des modifications dans les projets informatiques sans prendre trop de place. On mémorise typiquement que : « les caractères 42 à 44 ‘foo’ ont été remplacé par ‘bar' ». L’espace consommé est négligeable ! Il est inférieur ou comparable à celui nécessité par n’importe quelle autre méthode (y compris la note dans le texte ou en bas de page). L’information peut facilement être intégrée à l’html soit pour être intégrée de manière dynamique à la page, soit pour être consultée en lisant le code html (comme de nombreuses autres informations). Elle suffit pour déduire (manuellement ou informatiquement) les différentes versions passées.