L’histoire d’un « casse » sur Facebook


A la mi-août, une bijouterie de Vevey est attaquée par trois braqueurs. Le commerce est tenu par un père et ses deux fils, qui exploitent deux enseignes dans cette ville. Le père est blessé, les malfrats prennent la fuite. L’un d’eux est rattrapé et maîtrisé par un fils du bijoutier. Captées par le système de vidéosurveillance de la bijouterie, les photographies des deux autres assaillants sont mises en ligne sur Facebook, avec le message: «Si vous voyez l’un ou l’autre de ces types à Vevey, appelez immédiatement le 117. Ils viennent de braquer la bijouterie Meylan» (24 heures, 19 août).
Ce n’est pas la première fois que la bijouterie subit un «casse». Chacun comprend dès lors l’alerte lancée par les victimes sur le réseau social. Les autorités de police sont plus réservées. Elles souhaitent garder le contrôle de la communication publique. Laissées à la discrétion de tout un chacun, de telles initiatives sont certes capables de faciliter une arrestation. Elles peuvent aussi entraver une action en cours.
A la recherche depuis six mois de l’auteur présumé d’une agression sexuelle dans un train, la police municipale de Zurich vient de recourir à une procédure peu courante, mais validée par la Conférence des procureurs de Suisse: la publication de photos pixélisées, accompagnée d’une annonce de diffusion des mêmes photos en clair si l’individu concerné ne se dénonce pas dans la semaine. Le délai étant échu, des photographies de l’individu ont été mises en ligne par la police. Le site de 20 Minutes a reproduit l’une d’elles, reprise sous forme de vignette dans l’édition papier du lendemain.
Une enquête du Matin Dimanche (13 septembre) montre que les pratiques des polices dans les cantons romands varient quelque peu, mais que le recours à une communication publique de photographies de suspects est plutôt rare.
La reproduction de portraits de malfaiteurs présumés dans la presse expose à des risques de confusion avec des personnes sans relation avec l’événement. Pour cette raison, à une époque antérieure au temps de l’Internet, les médias eux-mêmes se montraient souvent réticents face à une demande de la police de publier, dans leurs colonnes ou sur leurs écrans, des photographies d’identité de suspects recherchés.
Dans son édition du 20 septembre, qui confirme la publication d’images en clair du suspect d’agression dans un train, Le Matin Dimanche s’en tient à cette attitude restrictive. De la même manière, 24 heures a flouté le visage des deux hommes impliqués dans le «casse» manqué de Vevey et dénoncés sur Facebook.
L’initiative prise un jour par un journal populaire britannique, croyant faire œuvre de salut public, de publier des photographies de pédophiles n’a pas manqué de susciter une détestable atmosphère de chasse à l’homme et de non moins désagréables quiproquos.
Il n’est donc pas simple de dégager de bonnes pratiques. La publication d’un portait flouté, à laquelle les médias recourent parfois, est une absurdité. Elle n’apporte aucune information.
La dissimulation du visage est un choix de la rédaction. Elle s’accorde au respect de la présomption d’innocence: avant condamnation par un tribunal, tout suspect est considéré comme innocent. Elle va de pair avec la discrétion qui préside à la mention du nom ou de tout autre détail permettant l’identification d’une personne mêlée à une affaire judiciaire.
Une partie du public a de la peine à comprendre. A ses yeux, les médias cacheraient des éléments de la réalité auxquels l’Internet ménage l’accès. Ils accorderaient même aux criminels présumés une protection dont les victimes ou leurs proches ne seraient pas toujours assurés. Autant se reporter alors aux récits et aux images mises en ligne par les internautes!
Un tel discours est fréquent de nos jours. Il escamote toute réflexion sur la rumeur et la fiabilité des informations. Sous ces deux aspects, la responsabilité sociale d’un média et celle d’un internaute lambda surfant sur Facebook ne se mesurent pas exactement à la même aune.

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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