Crimes et criminels en direct sur le Net


Pas d’angélisme! Les faits divers sanglants, les crimes, les attentats appartiennent depuis que la presse est presse au fond de commerce des journaux populaires. De nos jours, ils s’installent le plus naturellement du monde sur les réseaux sociaux. Le Web permet de substituer à l’information relayée par les médias traditionnels une communication directe et immédiate qui échappe à tout contrôle préalable.
Ce changement décisif est au cœur de récents débats. Le plus saillant a surgi à la suite du meurtre en direct d’une journaliste et d’un cameraman de télévision, dans l’Etat américain de Virginie. Cela s’est passé à la fin du mois d’août lors d’une émission matinale, pendant une interview.
Les téléspectateurs n’ont pas été les seuls à voir les images du meurtre. La séquence a été largement reprise par des sites et des chaînes d’information. Ce n’est pas tout. L’auteur des coups de feu a tiré d’une main et filmé de l’autre. Il a diffusé après coup deux vidéos sur les réseaux sociaux: l’une montre son approche, pistolet au poing, l’autre les coups de feu ciblés.
Les plates-formes ont réagi, mais leur temps de réaction n’a pas été assez court pour empêcher le partage et la reprise des séquences. Quelle est leur valeur d’information? Quelles images diffuser au public? Faut-il restituer, par fidélité au document, l’intégralité d’une séquence?
Sans disparaître, les critères déontologiques du journalisme sont brouillés par la circulation accélérée des informations sur le Net. Les procédures de choix de nouvelles par les médias sont bousculées. A la fin, des critères pragmatiques et un discutable arbitraire tendent à prendre la main. Chaque rédaction détermine les frontières qu’elle trace à l’exploitation du sensationnel.
Tant la Tribune de Genève que 24 heures ont renoncé à reprendre sur leurs sites la séquence télévisée du meurtre. Les deux quotidiens se sont contentés d’une photographie, capture d’écran qui montre la journaliste jetant un cri d’effroi. L’image a été publiée par de nombreux autres journaux et ne manque pas d’évoquer l’œuvre célèbre du peintre norvégien Edvard Munch.
Pour sa part, Le Matin a laissé à ses internautes le choix d’accéder aux images reprises de la TV, en leur indiquant un lien. Il s’est cependant abstenu de répercuter les séquences morbides fournies par le meurtrier sur les réseaux sociaux.
Dans une telle confusion des pratiques et des normes professionnelles, un critère éthique d’ordre supérieur devrait s’imposer alors aux médias: s’abstenir de diffuser des séquences ou des images proposées par les auteurs d’actes criminels. Cela vaudrait pour le meurtrier de Virginie, autant que pour les égorgeurs de Daech.

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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