La honte promise au médiateur jusqu’à la tombe!


La photocopie d’un hommage rendu par Martine Brunschwig Graf à Pierre Weiss, disparu peu auparavant, parvient au médiateur. L’article est paru dans Le Temps. Il est accompagné d’une lettre personnelle.

Ancienne conseillère d’Etat, Martine Brunschwig Graf a bien connu le défunt, actif député au Parlement genevois, dernier président du Parti libéral suisse. Dans son éloge, elle énumère ses nombreuses publications. Elle choisit de citer quelques lignes d’un billet publié fin 2008 par Pierre Weiss sur son blog «Par amour de la liberté», attaché à la plate-forme de la Tribune de Genève.

Ce billet est intitulé «Les corbeaux aiment les blogs». Sur la photocopie, un passage est marqué au feutre jaune. Le voici:

«L’animal favori de trop de blogueurs, encouragés par des médias soucieux d’audience, de «hits», fait des ravages. Se cachant derrière des pseudonymes indignes d’une démocratie, ceux-là utilisent la liberté de parole sans la moindre responsabilité pour les propos tenus.»

Pourquoi marquer ces propos en jaune? Rien ici qui dérange le médiateur. Au contraire.

Brève parenthèse. Il existe une différence entre les blogs dont parle Pierre Weiss et les commentaires mis en ligne sur les sites des journaux. Le Conseil suisse de la presse l’a soulignée. La gestion des commentaires en ligne, comme celle des lettres de lecteurs, relève de la responsabilité de la rédaction, donc de journalistes. L’organisation et l’administration d’une plate-forme de blogs sur un site médiatique dépendent directement de l’éditeur du titre. Le traitement réservé aux commentaires déposés sur la plate-forme est alors laissé à la discrétion des blogueurs. Ceux-ci sont libres d’accepter ou non des contributions sous pseudonyme, en réaction à leurs billets. Parenthèse fermée.

Quelques mois avant Pierre Weiss, un autre député du même parti, Renaud Gautier, s’était exprimé en termes vifs sur les commentaires en ligne: «apologie de la lâcheté, de la dénonciation», «fosse septique de la Démocratie» !

Constatant qu’à l’abri d’un pseudonyme, sous le couvert de l’anonymat, de trop nombreux commentateurs se laissaient aller à des propos inutilement agressifs, méchants, voire racistes, le médiateur s’est dès lors employé à en décourager l’usage sur les sites des journaux relevant de sa fonction.

Au début, il ne lui fut pas facile de ramer contre un courant qui privilégiait, non sans motifs, une participation active des lecteurs et internautes. Aujourd’hui, ce n’est certes pas encore l’assurance d’un transparence complète – il convient de laisser d’ailleurs une place aux exceptions –, mais les progrès sont indéniables. Menée notamment sur la Page du médiateur, l’entreprise valut au médiateur des insultes et même des menaces de la part d’internautes, anonymes comme il se doit.

Tout cela pour dire la stupéfaction qui l’envahit à la lecture de la lettre jointe à l’article. La signataire porte un nom plausible, mais sans donner d’adresse ni de numéro de téléphone. En voici le propos:

«Il (l’article du Temps) dit leur vérité aux responsables du déferlement, sur les sites internet de journaux, de message haineux et destructeurs pour notre démocratie. Qu’un homme féru d’éthique puisse cautionner cette dérive médiatique de plusieurs quotidiens dépasse l’entendement. A moins d’un tardif revirement, il en portera la honte jusqu’à la tombe».

Une caution? Pour le coup, c’est l’entendement du médiateur qui se trouve dépassé.

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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