L’oeil critique des lecteurs


Facebook, Twitter et autres réseaux sociaux n’y changent quasi rien. Le débit des lettres lecteurs est à peine moins élevé qu’autrefois. Les plis postaux, les lettres manuscrites déposées à la réception des journaux se sont raréfiés. Les envois empruntent pour la plupart les voies ultrarapides des messageries électroniques. Ils continuent d’affluer, visant une parution dans les éditions papier. A l’ancienne, en somme.

L’attention portée par les journaux aux lettres de lecteurs est une très vieille histoire. Dans la presse anglaise du dix-huitième siècle, une place leur est déjà faite. Il y est question des affaires publiques, de l’évolution des mœurs, de l’éducation. Les journaux servent alors d’écho aux conversations menées dans les cafés. Le Guardian en organise le flux. Une boîte aux lettres est apposée sur un mur du café Button’s. Elle a l’aspect d’une tête de lion. Les lecteurs déposent dans sa gueule les messages destinés au journal.

La tradition subsiste. Peu de journaux ou de magazine se privent d’un courrier des lecteurs. Les quotidiens régionaux des cantons lémaniques ne font pas exception. La démonstration est quotidienne: le cours est loin de s’assécher. Lorsque l’habitude existait de procéder à des enquêtes de lecture, le courrier des lecteurs appartenait régulièrement au groupe des rubriques les plus fréquentées.

Le médiateur est très souvent interpellé sur les messages déposés en ligne sur les versions électroniques des journaux. En particulier sur l’action des modérateurs, dénoncée comme laxiste ou, au contraire, comme éprise de censure. Il l’est plus rarement sur la gestion courrier des lecteurs dans sa version papier.

Le hasard veut qu’à quelques jours d’intervalle, il le soit par deux lecteurs. L’un est en délicatesse avec la rédaction de 24 heures. L’autre avec celle de la Tribune de Genève.

Le premier soulève le problème de la censure. Il répond dans une lettre à un article sur les propos tenus par l’évêque de Sion au sujet des homosexuels. Il y soutient que, contrairement aux dénégations de leurs représentants, «les idéologies religieuses ne sont pas de paix et d’amour ». Le ton de ce plaidoyer laïque est vif. La rédaction écarte le message, qui considère sans frémir que «chaque croyant, même “modéré” est un monstre potentiel».

Atteinte à la liberté d’expression individuelle? Celle-ci n’a pas pour effet un droit de chacun à voir son opinion publiée ou diffusée dans un organe de son choix. Elle suppose que l’opinion en question soit peu ou prou prise en considération dans le débat public. Il est difficile de prétendre aujourd’hui que la défense de la laïcité en soit exclue.

Le lecteur de la Tribune de Genève se situe sur un autre registre. Il se plaint de modifications apportées à ses textes publiés. Le médiateur peut comprendre son agacement, bien qu’il ne constate pas de conséquences réellement fâcheuses. Les journalistes eux-mêmes n’échappent pas à de telles interventions, à l’initiative d’un chef de rubrique ou d’un correcteur.

L’intention en est toujours bonne, visant à la clarté et à la communication au plus large public possible. Il arrive à ces opérations d’être inopportunes, fondées sur l’incompréhension ou sur l’inattention.

Le pire se produit lorsque l’intervention crée un contre-sens. Ainsi une lettre d’un correspondant hostile à la corrida, citée en exemple par le lecteur, dans laquelle la pitié éprouvée pour les taureaux se serait transformée en pitié pour les toréadors.

Oeuvre humaine chaque jour recommencée, la confection d’un journal ne saurait prétendre à une constante perfection. Sur la balance, ne serait-il pas équitable de placer aussi toutes les informations exactes, précises, utiles qu’il apporte chaque jour? La question n’est pas une façon d’esquiver. Les lecteurs les plus critiques comptent parmi les plus fidèles.

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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