La sensation peut se glisser partout


«Le sensationnalisme est-il inhérent au métier de journaliste?» C’est la question que pose au médiateur une étudiante aux prises avec la rédaction d’un mémoire. Voilà le genre de question désagréable, qui met la profession sur les pattes de derrière. Il est difficile d’y répondre tout-à-trac.

Bernard Béguin, disparu il y a moins d’un an, propose dans son livre Journaliste, qui t’a fait roi? cette définition fine de la sensation: «L’escalade des stimulations qu’un journal croit nécessaire d’appliquer à l’épiderme de son public pour le faire réagir».

Cet ancien rédacteur en chef du Journal de Genève  signale la relativité de la notion. La sensation dépend du journal et de son projet rédactionnel. Elle dépend tout autant du public et de l’épaisseur de son épiderme.

Le choix et la présentation des nouvelles s’organisent autour de quatre principaux critères: leur actualité, leur intelligibilité (elles doivent être comprises), leur proximité (elles doivent être proches des intérêts du public), leur capacité de toucher les gens. La sensation se fraie un chemin dans cette suite. Elle apparaît comme le moyen le plus courant, sinon le plus légitime, d’assurer la réception de l’information par le public.

La relativité n’est pas absente non plus du côté du public même. Celui-ci n’est pas homogène. Chacun de ses membres s’inscrit dans divers réseaux (familial, social, culturel), dans des catégories (âge, sexe) qui conditionnent la compréhension des messages médiatiques. Il s’y expose moins qu’on l’imagine en lecteur ou téléspectateur solitaire.

On pourrait ajouter à la définition de Béguin une autre observation: la proximité d’un lecteur et de son entourage avec un domaine concerné accroît la perception du sensationnalisme, lorsque l’information est critique ou négative.

Le traitement médiatique est alors considéré comme un «déballage». Il les affecte, atteint leur image, leur donne le sentiment d’être agressés, d’être livrés à une opinion publique portée à généraliser: employés de banque après la révélation de scandales financiers, policiers après l’évocation d’une bavure, prêtres ou instituteurs à propos de la dénonciation d’actes pédophiles, médecins d’établissements hospitaliers à la suite d’une erreur médicale fatale… Et pourquoi pas journalistes après un dérapage médiatique spectaculaire?

Au contraire, lorsque les actes visés sont éloignés de son terrain familier, le lecteur invoque son droit de savoir, il est guidé par une envie d’en apprendre plus, il est même plutôt friand de détails.

La déontologie préconise la recherche de la vérité, mais elle est peu bavarde sur la sensation. Une réflexion d’ordre éthique s’impose alors. Celle-ci ne repose pas seulement sur un respect des faits et sur une interprétation sans parti pris. Elle passe aussi par un récit véridique: dire ce qui est sans en rajouter, capter le lecteur sans le racoler par des artifices. Choix des mots, maîtrise des métaphores… La digue s’avère souvent fragile.

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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