Un médiateur trop indulgent face aux dérives des médias?


Les relations du médiateur avec les lecteurs sont plutôt gratifiantes. Il leur arrive même de déboucher sur des remerciements. Elles ne lui épargnent pas, parfois, un sentiment d’inachevé.
Ainsi cette réaction d’un internaute à la suite du dernier billet sur le récit fictif d’un viol dans une université américaine. Le «bidonnage» a valu au magazine Rolling Stone une sévère condamnation par un rapport de l’Université de Columbia.
De ce montage inadmissible, le médiateur a retenu le principal ressort: le recours par l’auteur de l’enquête à des pseudonymes concernant les protagonistes, non signalés comme tels au lecteur. Le procédé a dispensé la journaliste de les rencontrer et de les confronter au récit de la prétendue victime. Saisie au vol d’une remarque du rapport: «Les pseudonymes sont fondamentalement indésirables dans le journalisme».
Le médiateur a cru bon de pondérer cette affirmation.
Bien qu’indésirable, une telle protection est assurée par les médias à des sources confidentielles, lorsque celles-ci sont indispensables à la connaissance de faits d’intérêt public. L’usage du pseudonyme ou de l’anonymat est alors fondé, aux Etats-Unis comme ailleurs. C’est un fameux «Deap Throat» (Gorge profonde) qui informa les journalistes du Washington Post sur le scandale du Watergate. Ses révélations conduisirent à la démission du président Richard Nixon.
Dans nos médias, la couverture par un pseudonyme ou par toute autre désignation préservant l’anonymat est recommandée dans les affaires judiciaires. Elle concerne aussi bien la victime, pour protéger sa vie privée, que le suspect, par respect de la présomption d’innocence.
L’apport de ces nuances sur le recours au pseudonyme a été jugé intolérable par un internaute: comment peut-on s’arrêter à de tels détails, alors que l’article de Rolling Stone provoque un véritable scandale, que ni son auteur ni sa hiérarchie n’ont été à ce jour sanctionnés (une action en justice toute récente est en cours), que le rapport de l’Université de Columbia est accablant?
Du coup, le médiateur se voit reprocher une réaction corporatiste, typique de l’attitude générale des médias lorsqu’ils sont sous le feu de la critique.
Le médiateur concède qu’il lui arrive souvent d’exposer le fonctionnement des médias, dans ses billets ou ses réponses aux auteurs de réclamations. Il n’exclut pas que l’aspect «explicatif» de son activité passe auprès de certains lecteurs comme une trop indulgente défense et illustration du journalisme.
Dans le cas présent, il admet sans peine que le fait de s’arrêter au mécanisme du «bidonnage» prive ses lecteurs d’une condamnation bien sentie et joliment redondante des dérives commerciales des médias ou de leur exploitation d’une spirale émotionnelle, pour ne citer qu’elles.
De plus, il n’ignore pas que l’accusation est souvent portée contre les médias de se ménager les uns les autres, alors qu’ils passent pour s’acharner sans répit lorsque des erreurs sont commises par d’autres, parti politique, entreprise ou administrations. Il appartient à son rôle de faire entendre aussi cette voix-là.
Une discussion pouvait donc s’ouvrir sur la Page du médiateur, à partir du cas Rolling Stone. Malgré plusieurs échanges, l’internaute railleur n’a pas souhaité donner suite à l’offre de publier tout ou partie de sa réaction, sous forme d’un commentaire signé de son identité complète. Le médiateur ne connaît de lui qu’un prénom et une adresse électronique. Dommage. Oui, un sentiment d’inachevé, parfois.

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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