Le public demande des comptes


Tout le monde a-t-il pris la mesure du bouleversement opéré par l’Internet, surtout depuis l’avènement des réseaux sociaux?
Les citoyens prennent désormais une part active à la circulation des opinions et des informations. Ils interviennent sans devoir se plier aux contraintes anciennes: l’espace limité d’un courrier des lecteurs dans les journaux, le bref temps d’antenne laissé aux interventions du public en radio et en télévision, le respect de règles journalistiques et d’orientations éditoriales appliquées par les rédactions, etc.
Leur interventions du public les plus courantes prennent la forme de commentaires spontanés sur les sites web des médias traditionnels ou sur les sites d’information dits «pure players», soit exclusivement installés sur le Web.
Certains internautes mènent par ailleurs des activités autonomes par la création de sites ou la tenue de blogs. D’autres encore ne manquent pas de pratiquer un «journalisme citoyen» en répondant à des offres de participation. Sans même évoquer ici les nombreuses manière d’assurer une présence sur le Web par le truchement des réseaux sociaux: Facebook, Twitter, YouTube, etc.
De façon spontanée ou concertée, des citoyens réagissent ainsi aux opinions et informations des médias. Ils ne se manifestent pas seulement comme «producteurs de contenus». Un spécialiste canadien des médias, Marc-François Bernier, le souligne: pour la première fois de l’histoire de la presse, les citoyens peuvent «intervenir directement et exprimer leurs doléances». Cette façon d’exercer une régulation sur les activités journalistiques pourrait être même, avance-t-il, «plus efficace que les dispositifs traditionnels que sont les conseils de presse, ombudsmans et médiateurs de presse».
Quels sont les principaux registres de la responsabilité attendue des médias par le public?
D’abord, assurer la représentativité des citoyens: chercher l’information en leur nom, poser des questions en leur nom, critiquer en leur nom.
Ensuite, user de leurs libertés et privilèges pour assurer l’information des citoyens selon les valeurs éthiques et les normes déontologiques de leur métier.
Enfin rendre des comptes de la façon dont ils se sont comportés: auprès de leurs pairs, des conseils de la presse, des tribunaux lorsque ces comportement violent une disposition légale.
Et désormais donc auprès du public lui-même, qui demande des comptes.
L’expérience du médiateur au cours des dernières années tend à la confirmer. Le public oppose de plus en plus souvent aux journalistes le respect de leur déontologie. La connaît-il vraiment? A lire certaines injonctions, on peut en douter parfois. Mais il faut prendre la tendance au sérieux.
En charge de surveiller le fonctionnement des trois pouvoirs traditionnels (législatif, exécutif et judiciaire), la presse, puis les médias dans leur ensemble ont été souvent considérés comme un «quatrième pouvoir».
Par l’installation sur le Web d’un contrôle direct sur les productions médiatiques, un «cinquième pouvoir» est en passe d’émerger: celui du public.

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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