Rumeurs et scoop vendeur sur les collèges genevois


Un enseignant publie une lettre dans le courrier des lecteurs de la Tribune de Genève du 23 mars. Il revient sur les changements d’affectation de bâtiments scolaires, prévus au bout du lac par le Département de l’instruction publique. Il s’en prend à un éditorial du journal sur la gestion de ces projets. Libre à lui.
L’enseignant tire argument du traitement journalistique réservé à l’affaire. Il reproche à la Tribune de s’être fondée sur une rumeur. Tout en concédant d’emblée que celle-ci ne se trouve «certes pas à des lieues de la vérité» révélée plus tard. Il souligne que le quotidien a porté le sujet en première page par deux fois.
S’ensuivent quelques lignes assez vives: «Joli coup médiatique, vieux comme le journalisme. Ficelle classique du vendeur de journaux: chercher le scoop, donner crédit à une taupe, prendre de vitesse la vraie source et faire mousser le chaland.»
Diable! Le florilège justifie une revue de détail.
Le premier article paraît le mercredi 4 mars. Il tient en une cinquantaine de lignes, en page intérieure. Il évoque la possible disparition d’un cycle d’orientation sur la Rive gauche en 2016. Ce pourrait être celui de la Seymaz ou celui de la Gradelle. Il s’agirait de faire de la place à l’enseignement post-obligatoire, qui est saturé. Le problème est latent. La source médiatique de l’information est citée: la RTS. Des sources, on en connaît de plus frivoles et de moins écoutées. La Tribune reprend l’information en usant du conditionnel. Non sans avoir pris contact avec le DIP, qui se refuse à confirmer une quelconque hypothèse, tout en admettant la recherche de solutions.
Un deuxième article est publié le vendredi 6 mars, toujours en page intérieure. Un articulet de moins de vingt lignes, pour signaler que le Collège de Candolle devrait céder ses murs à une Ecole de culture générale. L’établissement serait alors déplacé sur les lieux du Cycle de la Seymaz. La source est citée: toujours la RTS. A nouveau interpellé, le DIP ne confirme pas, ce que mentionne l’article.
Ce même jour, une manifestation d’enseignants et de parents d’élèves se déroule devant les bureaux du DIP. De nombreux acteurs s’expriment. Le journal en rend compte. Il porte pour la première fois le sujet en Une de l’édition des 7-8 mars, accompagné de l’éditorial discuté.
La confirmation officielle tombe le 11 mars, assortie de précisions sur les conditions des déménagements. Elle est amplement traitée dans l’édition du lendemain. Elle figure en tête de première page, comme il semble normal après la promotion réservée à la manifestation.
Dans les deux derniers cas, le journal a restitué des faits publics et des informations du DIP. Les accusations de complaisance envers la rumeur et d’appétence rédactionnelle pour le scoop vendeur ne concernent que les deux premiers articles.
Trois remarques s’imposent alors: il n’y a pas scoop puisque l’information a déjà été donnée par la RTS; les articles ne sont en rien «vendeurs», discrètement insérés en page intérieure, et dépourvus de tout renvoi en Une du journal; ils respectent la norme déontologique qui prescrit de «donner très précisément comme telles les nouvelles non confirmées».
Quant à la «vraie source», dont se réclame l’enseignant, il suffit d’imaginer les médias à la remorque exclusive de la parole et des communiqués officiels: des pouvoirs, des administrations, des syndicats, des entreprises…

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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