Commentaires sur le Web: on se calme!


L’Internet permet à chacun de s’exprimer. C’est une excellente chose. Mais la liberté n’exclut pas la civilité. Pas plus que la conviction la plus robuste n’interdit un sens élémentaire de la communication.
Les commentaires apportés par les internautes sur les sites des médias illustrent malheureusement une maladie infantile de l’Internet. Il s’en trouve d’injurieux, d’obscènes, de méchants, d’agressifs, de violents. En nombre limité, certes, mais encore trop nombreux eu égard à leur capacité de nuisance.
Comment limiter les insupportables dérives de quelques-uns sans imposer de pesantes contraintes à tous? C’est un peu la quadrature du cercle.
Depuis 2011, les publications romandes de Tamedia ont confié la modération des commentaires déposés sur leurs sites à une société spécialisée, Netino. C’est elle qui sépare le bon grain de l’ivraie. Elle est le filtre qui laisse filer en ligne les commentaires publiables et retient les autres.
A relever que son action concerne uniquement les versions web des quotidiens. Elle ne s’étend pas aux plates-formes de blogs, dont les espaces de débat sont exposés à des débordements plus compliqués à endiguer.
Netino est établie en France. Elle jouit d’une expérience étendue. Elle fonctionne pour des médias divers, dont des titres prestigieux de la presse française, ainsi que pour la radio-télévision suisse (rts). Elle est une entreprise humaine: il lui arrive d’écarter un commentaire qui serait publiable et d’en admettre un autre qui ne l’est pas.
Les variations dans l’appréciation tiennent principalement à une connaissance plus ou moins fine des événements et de leur contexte. Que les modérateurs de Netino ne soient pas plongés dans la réalité suisse romande peut les expliquer. Cette distance est en partie compensée par l’attribution de la modération des publications romandes à des équipes «dédiées». Celles-ci finissent par connaître assez bien le terrain qui nourrit les informations. Et les mentalités des lecteurs qui les lisent.
Le constat est têtu: en 2014, quelque 15% des commentaires adressés aux versions électroniques des trois quotidiens romands de Tamedia ont été rejetés. Dans le détail, 17,5 % sur le site du Matin, 11,5 % sur celui de la Tribune de Genève, 11 % sur celui de 24 heures. Signe encourageant: ces taux, ici arrondis, sont en faible recul par rapport à 2013.
Les deux principaux motifs de rejet restent les mêmes. Parmi les commentaires écartés un bon tiers (35 %) l’est pour insulte, plus d’un quart (28 %) pour agressivité excessive. Cela signifie que plus des 60 % des commentaires supprimés pourraient être mis en ligne si leurs auteurs, plutôt que d’éructer ou de lever le poing, se souciaient d’abord d’exprimer leur opinion, de chercher à convaincre au lieu de blesser.
Outre ces deux motifs liés à des questions de comportement, subsistent évidemment des raisons plus profondes: des propos racistes (14 %), contraires à la légalité (8 %), diffamatoires (3 %), sans parler de thèmes plus ou moins en phase avec des évolutions actuelles de la société (injures sur la religion ou homophobie, par exemple).
Il serait illusoire d’imaginer balayer toute expression publique heurtant ou offensant autrui, sous prétexte de salubrité médiatique. D’abord, parce que de telles expressions existent dans la société et émanent de personnes bien réelles. Ensuite, parce que les museler serait contraire à l’esprit d’une démocratie. Enfin, parce que la loi existe pour en limiter et punir les excès.
Il appartient simplement aux médias de favoriser le débat public en réduisant sur leurs pages en ligne la part de commentaires frappés d’incivilité. C’est affaire de ton et de climat.
Les rédactions web des quotidiens romands de Tamedia viennent de procéder à un léger toilettage de leur charte des commentaires. L’application des conditions d’utilisation par les commentateurs s’annonce plus stricte. C’est pour bientôt. Il s’agit d’aménager sur les sites le cadre d’une discussion qui, même vive, ne tourne pas à la foire d’empoigne. Un mot d’ordre: «On se calme, s’il vous plaît!»

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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