Sources confidentielles et propos anonymes


La médiatrice du New York Times, Margaret Sullivan, entame une troisième année dans ses fonctions de «rédactrice publique» (public editor). Dans une chronique parue le mois dernier, elle tire un bilan de ses activités au service du lecteur. Parmi les thèmes de réclamation les plus fréquents figure un aspect souvent discuté des pratiques journalistiques: l’anonymat des sources.
Il en est ordinairement fait état dans les médias lorsqu’il s’agit de préserver la liberté d’informer. On parle alors de sources confidentielles, nécessaires pour mettre au jour des faits cachés. Ou encore de défense du secret rédactionnel, dont les professionnels se réclament pour refuser de divulguer l’origine de leurs informations devant un tribunal.
La Cour européenne des droits de l’homme leur vient en aide. Elle considère la protection des sources journalistiques comme l’une des «pierres angulaires» de la liberté de la presse. Périodiquement, des affaires justifient ce rappel. Ainsi, en août 2013, des perquisitions ordonnées par le ministère public neuchâtelois au domicile d’un journalistes du Matin, auteur de révélations sur une histoire de plagiat à l’université. Dans les milieux de l’information, les protestations furent alors vives et fondées. A l’issue d’une procédure qui opéra un détour par le Tribunal fédéral, la mesure fut considérée par la justice comme disproportionnée et illicite.
Ce n’est cependant pas de cet exercice-là de la liberté de recherche qu’il est question dans la chronique de Margaret Sullivan. Il s’agit de l’octroi fréquent aux interlocuteurs du journal de la couverture de l’anonymat. Un octroi souvent «gratuit» aux yeux de la médiatrice, sans véritable justification. Elle cite en exemple un récent article sur un enseignant de Brooklyn soupçonné d’abus sexuels sur des étudiants, rapportant sous anonymat un témoignage effectivement anodin.
Les journalistes sont censés connaître les sources des informations dont ils traitent dans les médias. Il leur incombe de s’assurer de leur origine et de leur authenticité. De plus, leur déontologie considère que la mention de leur source est «en principe souhaitable dans l’intérêt public», à plus forte raison chaque fois qu’elle constitue un élément important de l’information. Elle l’est aussi en tant qu’instrument de crédibilité. Dans des situations délicates, elle l’est même comme protection contre des reproches éventuels d’avoir «tout inventé» ou falsifié la réalité.
Il n’empêche. Les déclarations recueillies par les journalistes sont trop souvent transcrites sous une forme anonyme. Combien d’informateurs «proches du dossier»! De confidents «membres de l’entourage»! Sans parler du trop zélé «observateur», qui dissimule l’auteur même de l’article, désireux de faire passer sa vision des choses.
Cela fâche des lecteurs du New York Times. Cela fâche aussi des lecteurs de nos journaux. Surtout lorsque les propos portent des appréciations négatives sur une personne, à l’occasion d’un portait, d’un reportage, d’une enquête. Les compliments sont assumés, la plupart du temps. Non les critiques. Cela retombe sur les médias, que leur complaisance envers les allégations et jugements anonymes expose alors au reproche de cultiver un goût pour la démolition.

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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