Gaza: quelle impartialité?


Le 12 juin dernier, trois adolescents israéliens suivant un enseignement talmudique rentrent chez eux après les cours. Ils font de l’autostop près des colonies de Gush Etzion, en Cisjordanie. Ils sont enlevés et disparaissent. L’un d’eux parvient néanmoins à lancer un appel la police. Les autorités israéliennes déclenchent une vaste opération militaire pour les retrouver et tenter de démanteler l’infrastructure du Hamas sur ce territoire. Les corps des trois jeunes gens sont découverts le 30 juin, partiellement inhumés sous un tas de pierres dans la région d’Hébron. Le Hamas est mis en cause, bien qu’il se défende d’avoir commandité l’enlèvement, que les services israéliens attribuent à deux militants islamistes passés par la prison.
Le 2 juillet à Jérusalem, tôt le matin, un adolescent palestinien se rend à la prière. Il est contraint d’entrer dans un véhicule. Cela se passe devant la mosquée du quartier de Shu’fat, à Jérusalem Est. Des témoins assistent à l’enlèvement, la famille alerte aussitôt la police israélienne. Le corps calciné du jeune homme est découvert quelques heures plus tard dans la forêt, de l’autre côté de la ville. Il a été brûlé vif. Le meurtre est commis le lendemain des funérailles des trois étudiants retrouvés près d’Hébron. Deux semaines plus tard, un homme de 29 ans et deux mineurs sont inculpés pour l’enlèvement et le meurtre du jeune Palestinien. Selon l’enquête, ils appartiennent à une mouvance d’extrême droite.

Sous le soupçon permanent de parti-pris
Jeux de miroirs terrifiants. Depuis lors, c’est l’explosion. La bande de Gaza est à feu et à sang. Le Hamas envoie des tirs de roquettes sur Israël. Les morts s’accumulent. Du côté palestinien, les victimes se comptent par centaines. Parmi elles, des enfants. Qui ne se sent interpellé dans ses racines, ses convictions, sa mémoire?
Les lecteurs de journaux, les auditeurs et téléspectateurs attendent des médias une information aussi claire, complète et équilibrée que possible. Les faits ne répondent malheureusement pas à une telle logique: comme lors de tout conflit, ils se découvrent de manière confuse, partielle, biaisée par la propagande. Selon un propos attribué à l’écrivain Rudyard Kipling, «La première victime de la guerre, c’est la vérité».
A chaque fois, il revient pourtant au journalisme d’information de les établir, de les mettre en perspective, d’en décrire sans passion les enjeux politiques et stratégiques. Il lui appartient aussi d’en dégager les conséquences humaines, qui appellent la compassion. C’est une tâche très compliquée, sous le soupçon permanent de parti-pris. Le public ne la mesure que rarement dans toute son ampleur.
Les médias auraient-ils donc accordé d’emblée une attention plus grande à la mort du jeune Palestinien de Jérusalem, et au drame de sa famille, qu’à l’exécution des trois étudiants juifs, et au deuil de leurs proches? N’auraient-ils pas assez souligné que l’opération militaire israélienne «Bordure protectrice» vise en priorité à neutraliser les tunnels d’infiltration des militants armés du Hamas?
Faut-il comprendre d’un dessin de Mix&Remix (Le Matin Dimanche du 27 juillet) que tout participant à une manifestation silencieuse contre l’intervention israélienne à Gaza entretiendrait un fond d’antisémitisme? Faut-il déduire du choix inadéquat, et affectivement trompeur, d’une photographie montrant des religieux ultra-orthodoxes pour illustrer la reprise sur papier d’un blog virulent contre Israël (Tribune de Genève du 7 juillet), que le journal  ne songerait qu’à alimenter les passions?
Faut-il considérer enfin que la publication d’une tribune libre par la princesse Haya Al Hussein et son titre qualifié de «tapageur» («Une punition hors de proportion»,Tribune de Genève du 30 juillet) attesteraient un parti-pris anti-Israël ?

L’équilibre instable de l’information
Le médiateur se voit invité à remettre de l’ordre dans une information dénoncée comme frelatée et déséquilibrée. Prié même par certains correspondants d’obtenir une réparation. Son rôle n’est pourtant pas – faut-il le redire? – d’orienter la politique éditoriale ni les choix rédactionnels. Il est de répercuter auprès des rédactions les interrogations qui lui sont adressées, d’en faire état publiquement lorsque cela le justifie, de répondre du mieux qu’il peut à certaines d’entre elles.
Comment faire justice aux attentes de chacun? Le même article peut provoquer des réactions opposées. Ainsi une contribution du correspondant en Israël de la Tribune de Genève et de 24 heures («Six suspects interpellés après le meurtre vengeur d’un Palestinien», 8 juillet).
L’équilibre de l’information ne peut se concevoir que dans la durée. Au jour le jour, bousculé par le surgissement désordonné des événements, l’équilibre est instable, il n’est souvent qu’une gageure. Il ne tient pas qu’à la relation des faits et des événements par les médias. Sa perception est conditionnée aussi par le regard multiple que le public porte sur l’image donnée de la réalité par les médias.
Qu’est-ce qu’une information partiale, une information impartiale? Selon le philosophe Ottfried Höffe, l’impartialité commande de «traiter les cas identiques de manière identique» (La justice politique, 1991): une prise d’otage, un attentat qui entraîne la mort de victimes innocentes sont des actes odieux, quels que soient leurs auteurs, leurs mobiles. Certes, mais dans ce conflit du Proche-Orient, quand les moyens et les méthodes sont à ce point différents, sous quels critères identifier «l’identique»?
Au gré des récits médiatiques – et sans même parler des obstacles dressés sur le terrain à la libre recherche de l’information – les pertes, les manques, les scories, les erreurs sont inévitables.  Les rédactions lémaniques de Tamedia y sont exposées autant que d’autres. Malgré cela, le médiateur n’en voit aucune qui ne s’efforce à un équilibre raisonnable, acceptable par l’ensemble des lecteurs.

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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