Lettres de lecteurs: ça grince aussi sur le papier


Cela doit faire deux lustres, ou pas loin, que le médiateur ne reçoit plus qu’au compte-gouttes des réclamations concernant la parution d’une lettre de lecteur sur du bon vieux papier journal. Depuis l’extension de l’Internet, ce sont les commentaires en ligne, et les disputes qu’ils charrient, qui constituent son ordinaire.
Et voilà qu’un lecteur d’un de nos quotidiens lémaniques vient de protester vertement! Une lettre de lui est parue sous une forme remaniée qui ne lui convient pas. De plus, elle se trouve privée par inadvertance d’une précision effectivement utile à sa pleine compréhension.
Le médiateur n’a connaissance du litige qu’après des échanges déjà avancés entre le correspondant mécontent et le journal. Il essaie d’arranger les choses. Il propose un mot d’explication et d’excuse au sujet de la suppression malencontreuse. Il ajoute la promesse d’un rectificatif en bonne et due forme dans la page dévolue au courrier des lecteurs. Le correspondant fâché le remercie de ses bons soins, mais ne veut rien savoir de l’offre d’arrangement. Il dit craindre ce qu’il considère par avance comme un nouvel affront. Pour le médiateur, c’est l’échec. Afin de ne pas rallumer la mèche, il ne livrera ici aucun détail. Ni sur le journal concerné, ni sur la qualité du correspondant, ni sur le sujet de la lettre litigieuse.
Dommage, car il s’agit d’un cas d’école. Un journal peut être tenu pour responsable non seulement des contenus qui sont de son fait: articles, titres, illustrations ou légendes; mais aussi de contenus provenant de tiers: annonces publicitaires et lettres de lecteurs.
Dans la lettre originelle de notre correspondant figure notamment un mot qui attire l’attention d’une collaboratrice de la rédaction: «abruti». Bien que son propos soit intéressant, estime-t-elle, il convient de respecter un peu mieux les formes de civilité. On peut fort bien critiquer un comportement sans nécessairement considérer son auteur comme un abruti. Or il arrive qu’une simple retouche tourne au remaniement du texte. C’est ce qui se produit. Avec le dommage collatéral que l’on sait: la perte d’une locution adverbiale infléchissant le sens.
La déontologie du journalisme recommande d’accorder dans le courrier des lecteurs «la plus large place possible à la liberté d’expression». Elle incite les rédacteurs qui en sont chargés à n’intervenir que si des lettres contiennent des «violations manifestes» de leur Déclaration des devoirs et des droits. Elle admet cependant noir sur blanc que les lettres de lecteurs soient «remaniées et raccourcies».
La déontologie requiert en conséquence des publications qu’elles insèrent un avis régulier précisant qu’elles se réservent le droit d’abréger les contributions des lecteurs. Comme d’autres, le journal concerné par notre affaire prend cette précaution, assortie de l’indication d’une longueur à ne pas dépasser.
Un lecteur qui envoie une lettre à son journal peut toujours poser ses conditions: son texte doit paraître intégralement, sinon il renonce à toute publication. S’il ne le fait pas, la rédaction est donc libre de le modifier en veillant toutefois à n’en pas changer le sens.
Le courrier des lecteurs est un espace d’expression qu’il appartient à la rédaction de cultiver. Il est chaque jour très fréquenté. Il s’illustre par une transparence qui ne se retrouve que trop rarement sur les forums de discussion en ligne: les auteurs de lettres signent leurs propos, ils apportent leur contribution à la construction de l’opinion, ils font confiance à un esprit de dialogue démocratique.
De tels avantages ne suffisent pourtant pas à écarter tous les risques de fâcherie et de malentendu. Pas plus que le reste du journal, le courrier des lecteurs n’est assuré d’être épargné par des grincements.

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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