Conflits d’intérêts


Ce courriel tombe dans la messagerie du médiateur, brut de décoffrage: «Et toi Cornu tu devrais écrire sur les conflits d’intérêts, je crois que tu es le mieux placé».
Pourquoi cet immédiat tutoiement? Pourquoi cette interpellation abrupte qu’en dehors de relations amicales ou familières, une génération autrement policée ne connaissait guère qu’à l’école ou dans des rapports d’autorité mal dégrossis ? Pourquoi cette injonction ironique et sournoise? Est-ce là le registre de la communication sur l’Internet ? Il faudrait s’y faire. On ne s’y fait pas.
La question des conflits d’intérêts est pourtant loin d’être négligeable dans les médias. Il en va de l’indépendance professionnelle et de l’expression de l’opinion de tout journaliste. La déontologie du métier recommande de «n’accepter aucun avantage, ni aucune promesse» qui risqueraient de les limiter.
Le défaut de la norme est qu’elle tend à réduire le risque à des aspects matériels: invitations, cadeaux, avantages éventuels tirés d’informations privilégiées dans le domaine financier. Or, il existe aussi des contreparties d’ordre moral, qui se déploient dans le domaine social: honneurs et considération, reconnaissance publique, distinctions, auxquels les journalistes ne sont pas plus insensibles que d’autres.
Les journalistes sont des êtres humains. Ils sont comme chacun pris dans une pâte sociale. Aucun ne saurait prétendre en toute bonne foi à une indépendance absolue. Mais chacun est conscient que cette indépendance doit «faire l’objet d’une vigilance constante» dans l’exercice du métier, comme le veut encore la déontologie.
Quant à lui, le médiateur n’est pas non plus un pur esprit. Il a des relations, des amis, des engagements personnels. Il surveille ses activités sociales, afin de détecter d’éventuelles zones critiques. Lorsque sont apparus des risques trop élevés de friction, il s’est dégagé. Ainsi, lorsqu’il fut pour un temps bref associé à un vaste et inutile collège de «consultation et d’éthique» mis en place par un ancien président du Servette FC. La simple acceptation de participer fut une erreur.
Aucun litige n’a mis à ce jour le médiateur en situation de se récuser. Au besoin, il prendrait soin de faire publiquement état d’une appartenance qui pourrait infléchir son jugement. Par exemple, lorsqu’il lui arriva d’aborder des questions touchant à la discrimination, alors qu’il était encore membre de la Commission fédérale contre le racisme. Quant aux aspects matériels, il a consacré voilà quelques mois un billet à son statut de médiateur rémunéré par Tamedia.
Le courriel provocateur qui a déclenché ces quelques explications a pour signataire un certain «Anastase De St-Senestre». Le prénom évoque la censure, la redoutée Anastasie. Le nom semble venir de la gauche – à moins que la référence, un rien pédante, ne soit qu’un leurre de plus.
De quels conflits d’intérêt précis et répertoriés pourrait-il donc s’agir? Pour contacter l’auteur, une adresse électronique peu loquace: «a@yahoo.com». Pourquoi ne pas lui demander des précisions? Tentative sans grand espoir, mais tentative quand même. Le courriel n’est pas distribué. «Anastase» ne répond pas. Son message reste sibyllin.
Le merveilleux outil qu’est l’Internet sert aussi à cela: l’envoi de courriers anonymes qu’il n’est même pas besoin d’affranchir, l’envol des corbeaux par un simple clic sur l’icône adéquate. Ah, c’est vrai: l’adresse IP pourrait servir d’indice. Mais faut-il mobiliser les limiers de l’Internet pour une telle broutille? Evidemment non.
 

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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