Le médiateur flotte sur le Web


Le World Wide Web est né voilà 25 ans. En ce mois de mars 2014, le physicien anglais Tim Berners-Lee, son inventeur, est partout célébré. Il travaillait alors au CERN, à Genève. Son idée était de trouver un moyen de partager des documents informatiques en associant le principe de l’hypertexte à l’utilisation d’Internet. Son ambition était alors de réaliser un réseau unique permettant aux chercheurs du CERN de communiquer entre eux et d’échanger leurs travaux. Le projet a pris forme l’année suivante. La Toile est aujourd’hui planétaire.
L’Internet et les usages du Web ont commencé de se répandre dans la société à partir du milieu des années 1990. Les premières habitudes acquises par le public ont été la consultation de données et, de plus en plus, l’usage du courrier électronique. Les nouveaux outils permettaient d’étendre et d’accélérer les procédures.
Le grand saut s’est produit une dizaine d’années plus tard. Le Web qualifié de «2.0» a bouleversé les circuits de l’information, permettant à chacun d’intervenir à l’intention de tous. De verticale, et souvent unidirectionnelle (d’un émetteur à un récepteur), la communication est devenue horizontale et multidirectionnelle.
La Toile a changé nos vies. Elle a aussi changé celle de votre médiateur. Dans les premiers temps, à la toute fin du siècle dernier, les réclamations lui arrivaient encore par courrier postal ou par téléphone. Ce n’est qu’au tournant du millénaire que le nombre des courriels a commencé de s’imposer sur celui des lettres ou des appels. Aujourd’hui, c’est à peine si le médiateur reçoit quatre ou cinq lettres par an sur quelque 90 réclamations ou demandes d’intervention.
Le contenu même des réclamations s’est peu à peu modifié. Pendant les années de médiation pour la seule Tribune de Genève (1998-2007), les interventions portaient de manière très ciblée sur les pratiques rédactionnelles: le choix des nouvelles, la politique des titres, le traitement des faits divers, l’équilibre de l’information, pour n’en citer que quelques-unes. A l’époque, les chroniques du médiateur étaient publiées à raison de deux par mois dans les colonnes du quotidien genevois.
A partir du printemps 2007, votre médiateur se trouve également en charge des autres titres du groupe Edipresse, qui font aujourd’hui partie des publications romandes de Tamedia. Sa chronique passe alors du papier au numérique. C’est La page du médiateur. Le papier n’est pourtant pas abandonné: certains de ses billets sont repris dans la Tribune et 24 heures, à l’intention de lecteurs qui ne fréquentent pas l’Internet.
Le vrai changement est ailleurs. Le Web occupe une place toujours plus étendue dans les activités du médiateur. Le Matin en ligne a suscité en 2013 plus d’interventions d’internautes que le journal papier de lecteurs. Du côté de 24 heures, le nombre des réclamations est égal entre le site et le journal. Il le serait aussi à la Tribune de Genève si l’on mettait de côté trois interventions portant sur le courrier des lecteurs publié sur papier. Ce serait pourtant biaiser un peu le propos.
Car le plus frappant, au cours des années Web, est de constater le nombre croissant de réclamations portant non directement sur le travail des journalistes, mais sur la gestion par les rédactions des apports du public. C’est l’acceptation ou le refus de certains commentaires par Le Matin en ligne qui motive les interventions auprès du médiateur ; c’est la place différenciée accordée aux blogs sur les plates-formes de 24 heures et de la Tribune de Genève ; c’est même parfois le contenu de commentaires mis en ligne sur ces blogs, qui sont pourtant modérés de manière autonome par les blogueurs eux-mêmes. Ainsi, à la suite d’un billet sur Dieudonné, le médiateur dut-il répercuter dans l’urgence la plainte d’une internaute qui se vit appliquer par un participant au forum de discussion le propos qui fit alors scandale: «Je me dis, tu vois, les chambres à gaz… dommage!»
Le médiateur continue de recevoir des réclamations au sujet du traitement journalistique de l’actualité, sa mission première. Ce fut notamment le cas l’an dernier à propos de faits divers de première grandeur (le meurtre de la jeune Marie, celui de la sociothérapeute Adeline).  Le courant des interpellations tend cependant à suivre de plus en plus le flux des productions diverses des internautes. Le changement est là.

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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