« Washington Post »: le représentant des lecteurs laisse tomber


Voilà moins d’un an que la Page du médiateur relatait avec surprise et regret la disparition de la fonction d’ombudsman au Washington Post, quotidien américain qui en fut pourtant l’un des plus éminents pionniers.
La direction du journal considérait que la présence d’un médiateur, à la fois pédagogique et critique, ne s’imposait plus à une époque où les échanges directs sur l’Internet, l’activité des réseaux sociaux permettaient de se passer d’un relai entre les lecteurs et la rédaction.
Il suffisait à ses yeux qu’un représentant du lecteur (reader representative) se charge de transmettre d’éventuelles questions et doléances aux responsables de la rédaction, voire à d’autres étages du journal.
C’est à quoi fut donc invité le premier titulaire du poste, Doug Feaver, dès mars 2013. Or Feaver, pour des raisons à ce jour peu expliquées, a décidé de jeter l’éponge. Son dernier billet à l’enseigne Ask the Post («Posez la question au Post») a été mis en ligne le 5 décembre dernier.
Feaver n’a sans doute pas été inactif. Le médiateur de Tamedia est bien placé pour mesurer le nombre, la diversité, et l’importance pour chaque lecteur concerné, de réclamations de détail adressées à un journal. Il en reçoit aussi. Comme bon «représentant», il s’efforce de les transmettre à chaque fois au service compétent.
Ce travail utile ne traduit cependant pas l’ensemble des activités d’un médiateur. Dans le cas du Washington Post, tout particulièrement, l’ombudsman n’hésitait pas à répercuter et discuter des questions embarrassantes sur les pratiques du journalisme. Non seulement au sein de la rédaction, mais publiquement. Ce volet a disparu dès l’entrée en fonction du «représentant du lecteur».
Si l’on parcourt l’ensemble des contributions en ligne de Doug Feaver, vingt-huit au total en 2013, on constate que la quasi totalité se résume à des florilèges de réactions et commentaires d’internautes sous pseudonymes, portant sur le sujet chaud du moment. Une telle pratique est minimaliste. Le médiateur du Monde tire de la même manière un large parti des réactions variées et souvent contradictoires de lecteurs et d’internautes. Il cherche néanmoins à leur donner un sens, à dégager les termes majeurs des débats.
Rien de tel au Post. Le premier billet de Feaver, avec le recul, prend même un tour affligeant: «La principale question dont je me suis trouvé saisi, écrivait-t-il, est la disparition de l’icône permettant d’imprimer les articles en ligne sur washingtonpost.com ». Un changement de procédure était en effet intervenu. Feaver a donc fourni le nouveau mode d’emploi.
Une fois encore, une telle assistance au lecteur n’est pas négligeable. La vie quotidienne est exagérément perturbée parfois par des minuscules embarras. Il semble pourtant que le journalisme aujourd’hui justifierait des discussions d’une autre tenue, à laquelle le Washington Post nous avait habitués.

Ecrire au médiateur

Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

Ecrire au médiateur


Ecrire un commentaire

Dites-nous ce que vous pensez de ce billet. Ecrivez un commentaire!

Vos commentaires

Soyez le premier à écrire un commentaire!