Une partie de campagne


La République et Canton de Genève a vécu sa première expérience d’une élection du gouvernement à deux tours. L’attente était forte. La campagne n’a pas déçu. Romand ou local, chaque média l’a menée à sa guise. Il n’appartient pas au médiateur de se prononcer. C’est la couverture par la Tribune de Genève qu’il a suivie, titre pour lequel il exerce sa fonction.
Interpellé dans le hall d’Uni-Mail les dimanches de dépouillement des votes, ou parmi son cercle social, le médiateur ne l’a pas été de manière formelle, sous forme écrite – contrairement à ce qui s’était produit lors de précédentes élections. Il a assisté au grand débat public organisé par le journal avec les onze prétendants au Conseil d’Etat, le mercredi 30 octobre à Uni Dufour. Il a constaté que la ligne éditoriale a été ouvertement discutée par l’un ou l’autre des candidats, déclenchant alors un écho sélectif parmi une assistance à faire sauter les coutures de l’auditoire Piaget. Une manière de confirmer la place importante reconnue à la Tribune dans la campagne.
La place, et non l’influence. La tentation est forte d’attribuer aux médias en général, ou à l’un d’eux en particulier, la responsabilité d’un échec politique – à l’inverse, et curieusement, il ne vient à aucun élu l’idée de leur devoir un succès. En général, on perd à cause des médias et on gagne malgré eux! Les limites de leur influence sur les électeurs sont étroites dans le temps court d’un scrutin électoral, comme l’ont montré des enquêtes sociologiques sérieuses et réitérées.
Temps court? Plusieurs acteurs ou observateurs ont critiqué une durée excessive de la campagne en vue du deuxième tour de l’élection. L’impression en est faussée en partie par le calendrier scolaire, qui logeait une semaine de vacances en plein milieu. Si certains prétendants se sont plaints d’avoir trop à se répéter, serait-ce qu’ils avaient au fond très rapidement tout dit? Ces cinq semaines ont permis au citoyen d’approfondir les propositions de chaque candidat et de faire le tour de leur personnalité, à quoi l’incitait dans la Tribune une série remarquable de portraits.
Ni l’amplitude de la couverture ni les efforts perceptibles d’équilibre n’ont évidemment suffi à convaincre chacun. Un titre, un propos rapporté restent toujours exposés à une lecture subjective. Ainsi ce «chic type qui voulait être ministre», sans avoir fait d’études universitaires. Les jeux n’étaient pas faits et le temps du verbe laissait supposer un projet inabouti. L’adaptation d’un titre de Kipling, L’homme qui voulut  être roi, était donc plutôt malheureuse. Dans l’entourage proche du candidat pourtant, on s’attachait le dimanche soir du scrutin davantage à la fidélité d’ensemble des traits saisis par les auteurs du portrait. C’est donc bien lui, en connaissance de cause, qui a été élu, et fort bien.
Reste la publication d’un sondage réalisé au sein du cercle des lecteurs constitué par la Tribune de Genève sur une base volontaire. Le médiateur n’est pas un partisan effréné des sondages électoraux, même lorsque ceux-ci répondent aux exigences scientifiques du genre. Malgré toutes les précautions oratoires de leurs réalisateurs, de telles enquêtes sont ordinairement perçues par le public comme des prévisions ; elles sont à l’envi dénoncées par des observateurs partisans ou des acteurs mal notés comme des manipulations.
Que n’a-t-on entendu ou lu  sur ce prétendu méfait de la Tribune de Genève! L’enquête portait sur la préfiguration idéale du nouveau gouvernement (et non sur les intentions de vote!). Elle a été publiée dix jours avant le scrutin. On constate aujourd’hui que la prise de température opérée par le journal est remarquablement conforme au résultat des urnes. Les six premiers élus sont quasiment donnés dans l’ordre, à l’exception d’une permutation entre les deux représentants du PDC. Le septième siège allait selon le sondage à la conseillère d’Etat sortante, mais les écarts étaient si serrés avec ses deux concurrents directs, sans même tenir compte de la marge d’erreur, que le titre de la double page le présentait comme «disputé entre les trois forces politiques». Il est donc allé à «la nouvelle force», tirée par le MCG.
Ce n’est pas la première fois qu’une telle enquête réalisée parmi le lectorat donne des chiffres probants. Cela peut signifier deux choses: que la méthode d’enquête, assortie de corrections permettant de retenir un échantillon représentatif, est finalement assez fiable; que le cercle des lecteurs de la Tribune recoupe d’assez près la configuration de l’électorat du canton.

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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