Un ange est passé


Un ange est passé. Les médias ne l’ont pas manqué. Un ange blond au regard triste, sans ressemblance avec les angelots joufflus des églises baroques, pétants de santé et de joie de vivre. Une petite fille, apparue en Grèce, dans un camp rom. Elle appartenait à une famille dont les parents ne sont pas les siens. Des tests l’ont prouvé. Ses vrais parents ont été retrouvés. Ils sont des Roms, eux aussi, non de Grèce, mais de Bulgarie.
L’explication retenue à ce jour: la mère reconnaît avoir abandonné la fillette dont elle a accouché en Grèce, à l’époque de la cueillette des olives; elle dément l’avoir vendue. Quant aux soi-disant parents, ils sont suspectés d’enlèvement d’enfants.
De ces faits largement relatés, Alain Salles tire dans Le Monde un billet qui fait réfléchir. «Eh bien oui, affirme-t-il en titre, les Roms peuvent être blonds!» La petite Maria est blonde comme le sont la plupart de ses frères et sœurs.
Peu après que la fillette a été vouée à la célébrité médiatique, rappelle-t-il, de bonnes âmes s’émeuvent en Irlande à propos de deux enfants blonds d’une famille rom. Les parents s’en voient retirer la garde. Ce sont pourtant les leurs, foi d’ADN.
Sur le fond, il faut laisser, après Alain Salles, la parole à Nils Muiznieks, commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe: «La plupart des médias ont insisté sur l’origine ethnique des familles, ce qui contribue à perpétuer les vieux mythes selon lesquels les Roms auraient l’habitude d’enlever des enfants».
S’interroger aussi sur les apparences, qui semblent créer des évidences dont nous sommes tous dupes. Sur l’émotion, qui contribue à brouiller le regard. Sur la mise en spectacle de situations particulières, données abusivement pour exemplaires ou révélatrices. D’un ange blond qui passe surgissent des peurs anciennes, des idées de trafic d’enfants, des caricatures de types humains.
L’image de la petite Maria est émouvante. Personne ne peut la regarder sans éprouver un sentiment de compassion. Mais pourquoi faut-il que la compassion soit, à ce point, une affaire d’image? Le public romand vient d’en faire l’expérience à propos des morts tragiques de Marie, le printemps dernier, et d’Adeline, à la fin de l’été. Toutes deux jeunes et jolies, aussitôt promues à un statut d’icônes médiatiques. Comme si leur apparence aimable ajoutait au caractère odieux des deux crimes. Après elles, la fillette du camp rom, jointe à la cohorte des anges par la vertu d’un cliché mille fois repris. Tout cela reste troublant.

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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