Messages en absence


Le médiateur a pris quelques vacances. Pendant son absence, deux des messages qui lui sont parvenus reprennent des thèmes souvent traités sur cette Page. Ils le font en situation, à propos de l’actualité estivale. Le rôle du médiateur est d’écouter les lecteurs et de chercher à répondre à leurs réclamations. Il ne s’en écarte pas en faisant, pour une fois, entendre directement leur voix.

Le poids des mots

Une lectrice de Chevroux (Vaud), Mme Yvette Bonny, m’écrit ces mots à la suite de commentaires apportés sur le site du Matin. Il s’agit de réactions en ligne à des accidents provoqués par un chauffard dans la région d’Aigle, jeudi 22 août à la mi-journée:
« Je croyais naïvement que les commentaires étaient contrôlés par un modérateur. Lesdits commentaires sont en général plus excités que modérés (!). Certaines affaires en génèrent un nombre énorme et si vous avez la patience de les lire, vous constatez qu’il y a simplement quatre ou cinq personnes qui se répondent, s’insultent, ironisent les unes sur les autres. C’est pire qu’une cour de récréation. Quel est le réel intérêt de maintenir un tel défoulement collectif?
« Les commentaires suivant l’article sur l’accident d’Aigle sont proprement scandaleux. Si j’ai bien compris, voyant sur une photo le numéro d’immatriculation du véhicule qui l’a causé, c’est une lectrice qui a cherché le nom du conducteur, alors que d’habitude les identités ne sont pas divulguées. Elle n’a tout d’abord mentionné qu’un «ancien champion olympique de cyclisme». Et comme tout de suite le nom de Pascal Richard est apparu, alors qu’il n’était pas en cause, elle a dû donner alors le vrai nom du chauffard. Peut-être le mal était-il déjà fait? C’est inadmissible que le site du
Matin laisse passer de tels commentaires.
« Lors de la réorganisation des commentaires sur les sites en ligne, il y a quelques mois, vous avez exigé que les intervenants donnent leur véritable nom. Au vu des quelques exemples ci-après, soit il y a de nouveaux noms de famille un peu bizarres dans ce pays, soit des gens font preuve d’une belle imagination pour se trouver des pseudos qui passent le filtre du modérateur:  Vincent Tim, Jean Némard, Hans Kurfurstendam, Patrick Outrez, Daniel Gapion, Evazion Graffiknet, Steak Deboeuf, Alonzo Goguenoz, Paul Hémique ou Anne Anasse. Pas mal, non? Mais pas en accord avec la charte des commentaires! »

Le choc de la photo

Le second message sollicite le médiateur après la lecture de l’article «La justice songe à interner à vie l’assassin de Marie» paru dans la Tribune de Genève du 22 août 2013. Le même article a été publié par 24 heures. M. Marco Gregori, ancien rédacteur en cher du Courrier, s’attache particulièrement à la photo de grand format illustrant cet article. Avec cette question: fallait-il la publier et, qui plus, de manière aussi imposante?
« Cette illustration ne contrevient-elle pas à la directive de la Déclaration des devoirs et des droits des journalistes sur la publication des identités? Qu’apporte cette photo pour la compréhension de l’article, lequel relève davantage d’une question juridique que des faits reprochés à Claude Dubois?
« Je n’éprouve bien évidemment pas la moindre sympathie pour ce monsieur et loin de moins l’idée de nier la véracité, ni l’extrême gravité de son crime. Toutefois, le procès n’a pas encore eu lieu. Dès lors, n’est-ce pas là une manière de se substituer à la justice que de vouloir publier le visage d’un «monstre»? N’est-ce pas déjà une forme de condamnation que prononce le journal, ce qui ne serait clairement pas son rôle?
« La
Tribune de Genève ne publie-t-elle pas une photo qu’elle ne pourrait pas faire paraître au moment du procès, puisque seuls des dessins sont alors admis dans les comptes rendus d’audience?
« Pour le surplus, si l’un de mes proches était victime d’un tel criminel, je n’apprécierais pas de voir la photo de celui-ci dans les journaux.
« Enfin, cette extrême personnalisation ne nuit-elle pas à l’article proprement dit, lequel traite d’une question de portée plus globale: l’internement à vie ne concerne pas que Claude Dubois. D’ailleurs, et ce sera ma seule critique quant au traitement rédactionnel de ce sujet, l’encadré «Mesure difficile à appliquer» énonce toute une série de condamnations d’internements à vie rarement mise en application. Toutefois, à aucun moment il n’est expliqué pourquoi cette mesure semble si difficile à mettre en œuvre.
Cela peut donner l’impression d’une incompétence ou d’un laxisme de la justice. Et cela renforce l’impression de malaise que suscite la publication de la photo, comme si l’on voulait soumettre Claude Dubois à la vindicte populaire, puisque la justice peine à faire son travail.
« Je n’ignore pas qu’illustrer ce genre d’articles n’est guère aisé. Mais de là à publier une telle photo… »
Sans commentaire, donc.
 

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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