« Yes, we scan »


Les révélations d’Edward Snowden, et plus encore les pérégrinations planétaires (à ce jour théoriques) du jeune informaticien, alimentent les journaux, radios et télévisions en ces premières semaines de l’été. Jusqu’où donc l’ancien employé de l’Agence nationale de sécurité (NSA) ira-t-il dans les divulgations de documents confidentiels américains? Traître ou héros, selon le point de vue, où finira-t-il par se poser?
Tout cela distrait.
Les Etats-Unis sont évidemment mal pris, eux qui se posent en champions de la démocratie. Ils focalisent sur les agissements et les méthodes de leurs services spéciaux une attention médiatique ainsi dissuadée de se porter ailleurs. Comme toujours, c’est la figure présidentielle qui se trouve aussitôt exposée. Le slogan de la première campagne d’Obama, «Yes, we can» ( Oui, nous le pouvons») n’a pas tardé à être détourné: «Yes, we scan» («Oui, nous scannons»). C’était, il est vrai, assez bien trouvé. En coulisses, Georges W. Bush se sent pousser des ailes d’enfant de chœur.
C’est feindre d’oublier que tous les Etats, depuis toujours, s’emploient à assurer leur sécurité par des services de renseignements dont n’évoluent que les instruments et les cibles. L’exploitation des données rassemblées en abondance sur les réseaux de communication modernes ne fait que se substituer à l’observations des allées et venues d’individus considérés à tort ou à raison comme «intéressants», sinon suspects, à l’interception de leur courrier, à l’écoute de leurs conversations téléphoniques.
Il est pour le moins paradoxal que le dénonciateur de la surveillance américaine, chevalier blanc de la démocratie, ait élu pour forteresse l’aéroport de Moscou, dans un pays où les intrusions de l’Etat dans la vie privée des gens n’ont jamais effarouché aucun pouvoir.
Dans cette affaire, tout autour du globe, de nombreux pays s’en tirent à très bon compte. La France a vu très vite disparaître des pages d’actualité les informations sur la collecte et la conservation des communications électromagnétiques par la Direction générale de la sécurité extérieure. Cette activité est pourtant dépourvue de bases légales et largement ignorée. L’Allemagne n’est pas en reste. Aucun pays ne peut ignorer aujourd’hui que l’Internet est une source de renseignement de première importance.
Autres temps, autres mœurs. A la fin des années 1980, l’opinion helvétique apprenait avec stupeur qu’au cours des décennies quelque 700 000 à 900 000 personnes selon des sources, étrangères le plus souvent, avaient été observées par les autorités fédérales et les polices cantonales. A l’époque, toute de rusticité, on établissait des fiches. Après les communistes, dans l’immédiat après-guerre, puis les séparatistes jurassiens, les militants de diverses obédiences soixante-huitardes ont suscité une vigilance patiente et soupçonneuse. Dans la foulée se découvrit l’existence d’une organisation, la P-26, préfigurant une sorte d’armée de résistance intérieure. Ce fut un scandale.
Dans chaque pays, quelque part, on scanne. La porosité des frontières entre le public et le privé sur l’Internet facilite les opérations. La plupart des internautes s’en moquent, conscients que leurs propos et agissements n’intéressent aucun service de renseignement politique et peu préoccupés par les collectes d’informations personnelles par des services commerciaux.
Quant aux citoyens, ils n’ont que deux questions à se poser. Ces activités sont-elles légales, donc fondées sur un texte de loi? Et, plus largement, qu’elles soient légales ou non, sont-elles légitimes, donc justifiées? Les réponses se situent parfois en zone grise: la surveillance américaine répond au Patriot Act, après les attentats du 11 septembre 2001; mais la loi semble aussi secrète que les contrôles qu’elle concerne. Ce débat-là est somme toute assez peu développé par les médias.

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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