Information et transparence: retour sur OffshoreLeaks


C’était il y a près de trois mois. Grand battage autour des révélations issues de données rassemblées par un Consortium international de journalisme d’investigation (ICIJ) d’origine américaine, auquel d’autres journaux se sont associés. L’opération s’appelle OffshoreLeaks, sur le modèle de WikiLeaks, l’entreprise pionnière de Julian Assange. Les fuites concernent des placements financiers opaques dans des paradis fiscaux. Quelque cent vingt mille sociétés seraient impliquées dans cette activité.
Ce ne sont pas les premières révélations qui, à tort ou a raison, ont le plus perturbé les esprits – après tout, est-il si bouleversant d’apprendre que quelques grosses fortunes de la planète, établies en Suisse, ont optés pour des trusts aux Caraïbes, plutôt que de placer leurs petits sous dans une banque cantonale? C’est le climat de suspicion forcément créé par un tel stock de fuites.
Une nouvelle étape est franchie depuis que le consortium a décidé de rendre publique sur l’Internet, donc accessible à chacun, une partie des données d’OffshoreLeaks. Dans un entretien accordé au Monde (édition des 16 et 17 juin), son directeur Gerard Ryle justifie la décision en affirmant que «le besoin de transparence fiscale prévaut sur la protection des données». C’est un système que le consortium entend dénoncer, tout en se défendant d’ouvrir une chasse aux sorcières. «On peut avoir des raisons objectives d’utiliser des sociétés offshore ou des trusts, concède Ryle. ICIJ donne à voir une réalité cachée, mais ne dit pas que les personnes et les sociétés incluses dans sa base de données ont enfreint la loi ou agi de manière inappropriée».
Certes. On ne peut empêcher cependant tout internaute curieux de fouiller dans ce fonds désormais transparent de penser exactement le contraire.
Réaction significative du Monde, associé dans un premier temps à l’opération. Le quotidien français prend ses distances. Publier un ensemble de données quasiment brutes sans les mettre en contexte et en perspective, sans mesurer avec soin l’intérêt public de l’information, sans mener une enquête préalable et sans accorder à une personne citée la possibilité de s’expliquer, «revient en effet à jeter l’opprobre sur tous les noms, de société ou d’individus, qui y figurent».
C’est ce qu’écrit la nouvelle directrice du journal, Natalie Nougayrède. Sa conclusion dessine clairement les limites de la transparence: «OffshoreLeaks a certes contribué à pousser les Etats à agir contre les réseaux de la finance opaque. Mais le journalisme ne doit en aucun cas se confondre avec un rôle supplétif des administrations fiscales».
Une très ancienne Charte professionnelle recommandait en 1918 déjà au journaliste français de ne pas «confondre son rôle avec celui d’un policier». Ni le journalisme d’investigation, ni le journalisme de données ne rendent cette recommandation totalement obsolète.

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