L’Internet, l’oubli et la mémoire


L’émotion qui entoura l’enlèvement et la mort de Marie n’est pas effacée, prête à renaître dès que s’annoncera le procès de son ravisseur. Les médias sont passés pour l’instant à autre chose. Avec un court recul d’un mois s’impose néanmoins une observation jusqu’à ce jour négligée.
Des personnalités vaudoises ont émis sur le moment,  à des titres divers,  des critiques quant au traitement réservé à ce drame par les grands quotidiens du canton. Elles se sont moins attachées aux articles publiés qu’à leurs traces numériques. C’est davantage la permanence d’éléments litigieux sur les sites en ligne qui a justifié leurs interventions que leur présence dans les éditions papier.
Ce que les plaignants ont demandé, et pour l’essentiel obtenu, c’est la disparition d’indications permettant de remonter au profil du ravisseur sur Google + et l’effacement de pages affichant des propos et des images plus ou moins nourris par des fantasmes, mais portant sans aucun doute atteinte à la mémoire de Marie.
Naguère, un traitement journalistique contesté dans le journal aurait peut-être provoqué une plainte immédiate au Conseil de la presse. Aujourd’hui, le premier souci semble être de limiter les dégâts sur le Web.
L’Internet représente en effet un énorme paradoxe d’oubli et de mémoire.
Oubli récurrent, par l’obsolescence accélérée de contenus qui y circulent, à peine perçus et aussitôt remplacés par d’autres. Les sites d’informations se trouvent en état de bouclage permanent.
Mémoire durable, par l’enregistrement obstiné de toutes les données un jour saisies et mises en ligne. Alors qu’une recherche dans les archives des médias traditionnels s’avérait parfois longue et compliquée, il suffit désormais d’inscrire un nom et un prénom dans la fenêtre d’un moteur de recherche pour que la machine restitue d’un parcours de vie tout élément qui en aura été rendu public, de manière légitime ou non. Des vies reconstruites s’en trouvent ainsi démolies, des réputations sabordées, parfois sans le moindre fondement.
Dans un livre alerte de parution récente, Matière première, Raphaël Enthoven suggère une comparaison qui le dit bien: «Internet est un océan qui a la propriété de conserver la trace de chaque surf qui le sillonne».
De toutes les questions soulevées par les pratiques numériques, l’une des plus sensibles et des plus critiques tient à la conservation de ces traces.

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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