OffshoreLeaks et dommages collatéraux


Cela sort de tous les côtés. A peine les citoyens français et leurs voisins estomaqués ont-ils repris leur souffle après les aveux de Jérôme Cahuzac, ministre peu ordinaire du budget hexagonal, que c’est une déferlante de révélations mitonnées par un consortium international de journalistes d’investigation (ICIJ). Pas le temps d’en faire le tour que déjà Julian Assange se précipite pour déballer un nouveau sac de petits papiers de la diplomatie américaine.
Les nouveaux circuits de l’information et de la communication encouragent la transparence, parfois jusqu’à la délation. Les médias jouent leur rôle en intervenant lorsque les enjeux relèvent d’un intérêt public bien compris: non une simple curiosité, mais la surveillance des pouvoirs et de leurs représentants. Ils répondent alors au souci de préserver le bien général qui repose en démocratie sur des règles de confiance.
L’activité du site français Mediapart s’inscrit dans cette ligne, quitte à provoquer de l’urticaire parmi des gens considérant qu’une presse indépendante est une presse qui exprime librement des opinions, et non qui recherche librement des informations. Que la cellule d’enquête commune de la Sonntags-Zeitung et du Matin Dimanche soit associée à l’entreprise d’OffshoreLeaks va dans le même sens.
Il est difficile de prévoir aujourd’hui tout ce qui sortira de ces opérations. Le public devrait cependant veiller à ne pas tomber dans trois travers.
Le premier serait de considérer que toute ouverture d’un compte offshore, dans ces lieux si divers que l’on qualifie de «paradis fiscaux», est par nature un acte supposant une dissimulation au regard du fisc, une évasion illégale, voire une manœuvre de blanchiment d’argent. La légitimité même de «paradis» est discutable. Sans naïveté aveugle, il est néanmoins préférable de s’en tenir au départ à une présomption générale d’honnêteté et de bonne foi, sur laquelle il sera bien temps de revenir si les investigations conduisent à d’autres conclusions. La transparence se vit mieux dans la sérénité que dans une excitation propice aux règlements de compte.
Le deuxième travers serait de fonder sur des comportements avérés de personnages en vue, et plus particulièrement de responsables politiques, la conviction d’une immoralité croissante dans la gestion des affaires publiques. Selon une mécanique de l’esprit mise au jour par le philosophe Francis Bacon (1561-1626), il serait facile à chacun de retenir du cours des événements les seuls faits qui confirment ses propres observations. Le sociologue Gérald Bronner vient de publier un essai intitulé La démocratie des crédules. Il parle à ce sujet d’un «biais de confirmation». Ainsi en France aujourd’hui, de Woerth à Cahuzac, de Cahuzac à Jean-Jacques Augier, trésorier de la campagne de François Hollande, se créerait une chaîne mentale factice, mais terriblement efficace.
Le troisième travers découle du deuxième. Il s’agit, toujours selon Bronner, d’un effet de halo: l’illusion consiste à employer les informations renforçant une première impression «pour attribuer les caractéristiques d’une personne à la catégorie à laquelle à laquelle elle appartient (et réciproquement)». Il l’écrit dans Le Monde des 7-8 avril.
On sait les dégâts de telles généralisations: politiciens tous pourris, avocats tous véreux, financiers tous voleurs… et journalistes tous menteurs!

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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