Les mots d’adieu de l’omdudsman du « Post »


L’ultime ombudsman du Washington Post n’est pas parti sans un mot. Le médiateur des publications romandes de Tamedia ne manque pas de voir dans son dernier billet un reflet de ses propres expériences.
Le premier constat établi par Patrick B. Pexton est la place prépondérante occupée dans son activité par des interpellations au sujet des commentaires en ligne. De l’ensemble des réclamations, il retient qu’une personne sur dix critique le fonctionnement même du système et qu’une autre proteste contre la censure de son propre commentaire, considérée comme injuste.
Les autres ? Eh bien, les 80% des plaignants affirment apprécier le principe des commentaires en ligne, tout en dénonçant les contenus haineux, les insultes, les propos racistes, la guérilla idéologique charriés par le flux des réactions «postées» sur le site du journal.
L’expérience de Pexton recoupe celle de l’auteur de ces lignes. Médiateur depuis 1998, pour la seule Tribune de Genève d’abord, pour l’ensemble des titres d’Edipresse dès 2007, et enfin pour les mêmes publications appartenant désormais au groupe Tamedia, il atteste une évolution notable sous l’effet de la communication électronique.
Lors de ses deux premières années d’activité, le médiateur a traité de réclamations qui lui arrivaient pour la plupart par courrier postal ou par téléphone. Dès le début des années 2000, le courrier électronique a commencé à prendre le dessus, pour finalement réduire les autres formes de communication à l’état d’exception. Il est très rare aujourd’hui qu’une plainte ou une interpellation arrive au médiateur sous pli postal.
Jusqu’au milieu des années 2000 cependant, les réclamations continuaient de porter principalement sur le traitement journalistique d’articles publiés dans les journaux sur papier. Depuis lors, soit depuis l’ère nouvelle ouverte par le Web 2.0 et l’entrée en force de sites voués aux échanges en ligne comme Facebook ou Twitter, l’attention des plaignants se concentre sur l’information et les commentaires diffusés sur l’Internet.
L’an dernier, les cas saillants propres aux journaux «papier» ont été plutôt rares. Ils ont concerné la couverture rédactionnelle des pérégrinations de gens du voyage en Suisse romande (les camps de Roms), un retentissant procès pour meurtre dans le canton de Vaud, la «pierre de l’année» (celle du commandant Varone), ou la place controversée de Marcel Regamey parmi les personnalités qui ont marqué l’histoire vaudoise. A cela s’ajoute le lot traditionnel de réclamations au sujet de photos jugées blessantes, tant pour la personne concernée que pour le lecteur, par ailleurs diffusées sur les sites Web des journaux.
La conclusion tirée par l’ancien ombudsman du Washington Post du transfert vers le Web est intéressante. En prenant sa fonction en 2011, Patrick Pexton était partisan du côté «tac-au-tac» et du caractère anonyme des discussions sur le Web, ce Hyde Park Corner électronique. Aujourd’hui, écrit-il, il ne l’est plus. Un déluge de commentaires racistes, sexistes et vulgaires au sujet du postérieur rebondi (sic) de Michelle Obama, début février, semble avoir emporté ses derniers doutes.
En quittant son poste, Pexton se pose en défenseur de la transparence des identités des commentateurs en ligne, appelés à signer de leur nom véritable. Il donne en exemple le Miami Herald, qui a fait tout récemment le pas. Le volume des commentaires est condamné à fléchir, mais leur qualité est appelée à s’élever et le site du journal – la «marque» elle-même – se trouve en meilleure posture pour assurer sa crédibilité.
La position défendue pendant de longs mois sur cette Page du médiateur va exactement dans ce sens. Merci donc au dernier ombudsman du Washington Post pour ce testament en forme de conversion!

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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