Le drame de l’A9 n’en finit pas


La diffusion publique des images de l’accident d’un car belge dans le tunnel de Sierre, survenu voilà près d’un an, ne cesse de provoquer des réactions. Une séquence de 14 minutes a été tirée des enregistrements par les caméras de sécurité installées dans le tunnel. Elle vise à démontrer que la police valaisanne a agi avec célérité et efficacité. Elle a été mise en ligne sur YouTube. Le médiateur s’attendait à se voir interpellé au sujet de sa reprise, ici ou là controversée, par des sites de médias romands.
Il n’en a rien été. A peine la divulgation des images était-elle connue que le débat s’est déplacé sur deux autres terrains : juridique et surtout, et de plus en plus férocement, politique.  La justice et la police avaient-elles le droit de répandre ces images hors du cercle de l’enquête, qui n’est pas encore terminée ? Dans un Valais plongé en campagne électorale, la polémique fait rage. Elle est attisée par la candidature au gouvernement cantonal du commandant de la police valaisanne, considéré à ce jour comme exemplaire dans sa gestion de l’accident. Le médiateur se gardera de s’en mêler.
Sous le seul aspect de l’exploitation médiatique, quelques remarques cependant, « à blanc » en quelque sorte.
La première est de constater que, pour une fois, le monde des médias n’a pas servi de bouc émissaire. Les critiques ont aussitôt visé d’autres acteurs, plus directement impliqués.
La deuxième est d’observer que le journal le plus proche, Le Nouvelliste, a néanmoins entrepris de justifier dans un éditorial la reprise de la séquence litigieuse sur son site Internet. Le médiateur a connaissance de ces images ; il se trouve d’accord pour l’essentiel avec le rédacteur en chef du quotidien valaisan.
En soi, la séquence n’a rien de choquant, en effet. La distance est assez grande entre la caméra et la scène de l’accident pour que personne, aucune victime, aucun rescapé, aucun acteur (des automobilistes de passage se sont arrêtés pour prêter secours) ne puisse être reconnus. Les enfants qui parviennent à s’extraire du car par la vitre arrière, dans les premières minutes, évoquent certes, minuscules silhouettes, les pathétiques « virgules noires » qui sautaient des tours jumelles de Manhattan. A la différence que, dans le tunnel, ces enfants-là sont saufs. Dans l’ensemble, la vidéo ne se prête à aucun voyeurisme.
Les images sont, il est vrai, de nature à bouleverser tous les proches, en particulier les parents belges des petites victimes, par la sollicitation du souvenir, l’incitation à revivre le drame – de manière analogue aux images récurrentes sur les écrans de télévision de l’épave du Costa Concordia. Il semble cependant difficile d’attendre des médias locaux qu’ils entreprennent de les maîtriser. Sur YouTube, elles sont accessibles à chacun. L’Internet modifie les cheminements de l’information. C’est une troisième remarque.
Dès lors que la rapidité, ou la lenteur, de l’alerte et des secours fait effectivement débat, faut-il invoquer enfin l’information légitime du public pour justifier le relais assuré par les médias? Sans doute. Il n’aurait alors pas été superflu de prendre aussitôt, dans ces mêmes médias, une distance critique envers la source. Le commentaire apporté aux images constitue, en effet, une apologie de l’efficacité de la police valaisanne pour le moins redondante et pesante. C’est la remarque de trop, qui met un pied dans la politique !
 

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Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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