Florence Cassez improbable icône


Ce n’est pas l’affaire du siècle. Ni même du mois. La libération de Florence Cassez, détenue au Mexique depuis sept ans, a été traitée sans emphase, à sa juste mesure, par les quotidiens lémaniques. Une «fenêtre» en première page du Matin annonçant une dépêche développée de l’Agence télégraphique suisse en page intérieure illustrée. Une brève mention en bas de Une de la Tribune de Genève, aucune sur celle de 24 Heures, mais dans les deux journaux un article de leur correspondant commun à Paris. Dans Le Temps, une dépêche de l’AFP. L’affaire s’est vite éteinte.
Sur le moment, le traitement a été plus bruyant et plus spectaculaire en France, ce qui est normal. Pour une fois, la presse romande ne s’est pas laissé aspirer par les tourbillons des médias voisins. Ces derniers n’ont  guère duré. L’édition du Monde diffusée à Paris le jeudi 24 janvier portait le retour de Florence Cassez en tête de première page. Deux jours plus tard, le nom de la Française libérée ne figurait même plus dans le journal.
Florence Cassez a été condamnée au Mexique pour une participation à des enlèvements, qu’elle a toujours niée. Il n’est pas certain cependant, ainsi qu’on a pu le lire, qu’elle soit promise à devenir une icône médiatique, comme ce fut le cas en 2008 pour Ingrid Betancourt.
A noter la coïncidence de la pratique de l’enlèvement, subie dans un cas, attribuée dans l’autre. La Franco-Colombienne, ancienne candidate des Verts à la présidence de la Colombie, fut enlevée en 2002 par la guérilla des FARC; elle fut finalement libérée par l’armée colombienne sur ordre du président Uribe. Florence Cassez fut condamnée par un tribunal en raison de ses liens avec un Mexicain associé à des enlèvements crapuleux; la Cour suprême du Mexique vient de reconnaître qu’elle l’a été au terme d’une instruction manipulée et au mépris de ses droits, sans pour autant la déclarer innocente.
Rien de commun donc dans les deux cas, mais des réactions qui font réfléchir.
Sous la pression de comités de soutien, les initiatives du gouvernement français en vue de libérer ses deux compatriotes ont été d’une égale maladresse. Concoctée par les services de Dominique de Villepin, alors premier ministre, dans le but de récupérer Ingrid Betancourt, une expédition en Amazonie brésilienne a tourné au fiasco. Sans même revenir sur un discours très mal perçu devant le Sénat mexicain en 2009, une foucade du président Sarkozy de dédier en 2011 les manifestations de l’Année du Mexique à Florence Cassez a jeté un froid entre les deux pays, qui a peut-être prolongé la détention de la Française. Au souvenir des péripéties qui ont précédé la libération des otages retenus en Libye, la Suisse se sent pour une fois moins seule. Sur le tarmac du retour, cela n’empêche personne de se féliciter du couronnement de ses inlassables efforts, quelle que soit son appartenance politique.
Du côté des médias français, l’impression générale s’est imposée à chaque fois que la nationalité des deux femmes primait sur toute autre considération. Comme si le passeport tenait lieu de certificat de bon droit. L’incurie ou de sombres calculs du gouvernement colombien d’un côté, la corruption de la justice mexicaine de l’autre étaient données d’emblée comme explications nécessaires et suffisantes à des situations d’injustice. Ce n’était donc pas si simple.

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